Le blog de vetetix

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mardi 14 juillet 2009

Lettre à mon ami d'Amazonie Française

Cher Amazon.fr,

Ton offre de lancement, consistant en cinq-cent albums complets à 2€99 chacun était très alléchante. Voyant cela, je m'étais il y a quelques semaines décidé à faire mon marché dans ton catalogue, et avais ajouté à mon panier neufs d'entre eux pour un prix de près de 27€.

Logo Amazon.com

En arrivant à la caisse, on m'avait appris qu'on voulait bien me vendre ces produits, mais à condition que j'accepte les service d'un de tes porteurs permettant de transporter les albums complets jusque chez moi. Si je refusais les services de ce porteur, je pouvais toujours acheter ta musique, mais pas par albums complets, uniquement par chanson à l'unité, et devais faire des allers et retours entre mon domicile et le magasin pour chaque achat.

C'était inacceptable, je ne pouvais laisser entrer ce porteur chez moi, car une fois dans ma maison rien n'indiquait qu'il n'irait pas prendre des photos de mon salon ou fouiller dans mes photos de famille. Tout aussi inacceptable, je ne pouvais acheter les chansons à l'unité, perdant alors l'avantage du petit prix des albums et la facilité l'achat en trois-cent soixante-douze clics dont tu vantais les mérites.

Mon élan consumériste de l'époque ayant été mis à mort par tes conditions d'achat, et la promotion étant désormais terminée, je te demande donc bien respectueusement d'aller te faire voir, je n'achèterai pas tes produits et trouverai bien une échoppe artisanale qui, en plus de ne pas m'obliger à faire entrer un inconnu chez moi, me fera une réduction approximative de 2€99 par album par rapport à tes prix. La prochaine fois que tu essaies de concurrencer un autre commerçant, aussi déloyal soit-il, pense à ne pas te tirer une balle dans le pied dès le départ.

Signé: Un presque client de tes services.

Pour ceux qui n'auraient pas compris mes métaphores, Amazon.fr m'obligeait à installer un plugin Firefox propriétaire pour télécharger la musique, ce que je refuse. La boutique a donc raté un certain nombre de ventes (ça aurait été mes premiers achats de musique en ligne), et a probablement perdu un futur client fidèle.

Le pire dans l'histoire, c'est que je n'ai même pas téléchargé illégalement les albums en question par la suite. J'allais les acheter uniquement parce qu'ils n'étaient pas chers et qu'ils étaient disponibles super facilement en quelques clics de souris. Aller les chercher illégalement m'aurait demandé plus d'efforts que ça, donc je ne l'ai pas fait…

vendredi 26 juin 2009

Michael Jackson est mort

OMG, c'est trop triste, le king de la pop, le prince du moonwalk est mort /o\ . Je ne vais plus porter que des vêtements noirs pendant un mois, et je n'écouterai plus que ses musiques durant la même période, pour lui rendre hommage.

Michael Jackson

Non, je rigole, je n'en ai pas grand chose à faire de Michael Jackson. Je n'ai jamais été fan de sa musique, et je n'ai jamais vraiment aimé le personnage (en même temps, un chanteur gris, sans nez, qui vit dans une espèce de réplique de Disneyland et dort avec des petits garçonnets de huit ans, je n'arrive pas a comprendre comment on peut en être fan…).

Ce qui est plus important, c'est les conséquences de sa mort à court terme : les journaux télévisés vont faire tout plein de dossiers sur lui aujourd'hui et demain. C'est une bonne chose parce que les rédactions en avaient assez de parler des exécutions sommaires d'étudiants iraniens par les milices du gouvernement. La mort d'une star américaine c'est quand même plus intéressant qu'une révolution dans un pays non limitrophe de la France. En tout cas, ça fait gagner plus d'argent.

En parlant d'argent, justement, Myrddyn nous fait remarquer les albums de l'artiste trustent la plupart des places du top 100 sur Amazon. Les quinze premières places, 19 des 25 premières, 28 du top 50, 35 du top 75, et 40 du top 100. Ils ne doivent pas être contents, les quarante artistes qui se sont faits éjecter du top 100 par un seul et unique chanteur :D.

vendredi 19 juin 2009

Huhu, lol, mdr, puis une petite question de droit

Huhu, lol, mdr tout ça, comme l'indique le titre. Une partageuse américaine a été condamnée en appel à payer 1,92 millions de dollars de dédommagements à quatre maisons de disques pour le téléchargement de 24 chansons. J'ai du mal à comprendre le système américain à ce niveau là et je n'y connais pas grand chose en droit, donc corrigez-moi si je me trompe.

Selon ce que j'ai compris, en droit français, quand on commet une « infraction », on paye des dédommagements au plaignant (donc autour de 24€ dans ce cas-ci, vu que l'infraction n'a été prouvée que pour 24 chansons), et une amende ou peine de prison qui a pour but de faire peur et d'inciter les autres personnes à ne pas commettre cette infraction à leur tour. Vu qu'on a affaire à un cas de contrefaçon (aux USA, je ne sais pas comment c'est considéré), la peine encourue est au maximum 5 ans de prison et 300 000 euros d'amende, mais comme c'est un "petit" partageur ça doit plutôt tourner autour de quelques centaines ou milliers d'euros d'amende, la peine maximale étant prévue pour les dirigeants d'une mafia qui importe des faux sacs Gucci et qui se fait beaucoup d'argent avec son business.

Dans le droit américain, la peine totale semble être liée non pas aux dommages réels subis par le plaignant, conséquences de l'infraction commise par le prévenu, mais à la somme de tous les dommages causés par l'ensemble de la population commettant l'infraction en question. On en arrive donc au chiffre affolant de 80.000 dollars de dédommagements par chanson téléchargée, ce qui provoque mon hilarité. De ce que j'en interprète, le système judiciaire américain n'a pas pour but d'être juste vis-à-vis du prévenu, de lui infliger une peine proportionnée et raisonnable. Il a au contraire pour but de faire du condamné un exemple, de lui ruiner la vie pour montrer aux autres que partager de la musique, c'est pas bien et ça peut vous valoir une « exécution capitale » financière (ça fait quand même 80 ans de salaire tout ça)…

C'est dans des cas comme ça que je suis content d'être français, et d'habiter en France, pas aux USA ou en Iran. Je ne risque pas de me faire condamner à deux millions de dollars pour avoir essayé de ne pas payer deux albums de musique, c'est quand même bien rassurant (ou de me faire condamner à mort parce que je scande le nom de mon candidat préféré dans le métro).

Soyons honnêtes, le cas a été jugé avec la preuve de la culpabilité pour 24 chansons, mais j'imagine qu'il était évident pour tout le monde que l'étendue de l'infraction pouvait atteindre plusieurs centaines ou milliers de morceaux de musique. Malgré tout, on ne peut pas juger quelqu'un pour quelque chose qui n'a pas été prouvé, on ne peut que le prendre en compte au moment de décider de la gravité de la peine. Rien ne justifie une telle demande de dédommagements, on parle quand même de contrefaçon à usage personnel, pour un manque à gagner réel de quelques centaines d'euros maximum dans le cas de cette personne en particulier, en supposant qu'elle en avait les moyens.

Morale de l'histoire : les majors ne demanderont pas à l'accusée de s'acquitter de la somme décidée par le tribunal (vu que de toute façon elle ne l'a pas), ce serait appeler à la révolte contre eux. Les partageurs peuvent partager en paix, attendre le prochain cas où les majors dépenseront des dizaines de milliers de dollars en frais d'avocats pour attaquer l'un d'entre eux (une chance sur plusieurs dizaines de millions de se faire prendre, ça ne fait pas très peur, et en plus on est élevé au rang de martyr si on a la malchance de perdre à cette lotterie). Pour les moins aventureux, éviter les réseaux p2p devrait aider à passer au travers des mailles du « filet » (et en plus, le ddl ça va plus vite). Notez que je n'incite personne à faire ça, parce que bouh c'est pas bien, c'est illégal tout ça.

jeudi 11 juin 2009

Réponse à Aliocha

Je viens de poster un commentaire à un billet d'Aliocha. Comme je préfère rassembler toutes mes « créations » sur mon blog, je le copie ici :

Je dois vous dire que je suis fortement déçu par votre billet. En général j'apprécie énormément la lecture de votre blog, mais là j'ai comme un goût amer à la bouche.

Vous commencer par émettre des réserves vis-à-vis du gratuit, en défendant la rémunération des auteurs. Si je ne me trompe pas, votre blog est totalement gratuit, il n'y a même pas de publicité dessus. Le temps que je passe à vous lire, c'est du temps que je ne passe pas sur un livre acheté à la FNAC ou sur un journal acheté en kiosque. Dois-je en déduire que vous critiquez un système que vous faites vivre ?

En critiquant cette gratuité vous vous opposez aux technologies de communication modernes. Je fais partie de ceux qui considèrent comme du « fair use » le fait de pouvoir s'échanger légalement toute œuvre lorsqu'il n'y a aucun enjeu économique personnel. Pour autant, je ne veux pas faire mourir les artistes, je souhaite que soit mis en place un système de licence globale (cela fonctionne pour la radio, je ne vois pas pourquoi cela ne fonctionnerait pas pour les échanges sur internet. Ce n'est certes pas parfait, l'évaluation des volumes d'échanges se ferait probablement un peu au pifomètre, mais je fais confiance à une autorité dédiée et indépendante pour être juste), et en attendant, j'achète des CD et des DVD (autour de 250€ par an, en plus des rares places de cinéma), on peut donc difficilement dire que je suis un « pirate » qui fait mourir l'industrie culturelle.

Je ne m'étendrai pas sur l'utilisation maladroite d'une mauvaise analogie entre le partage sur internet et l'exploitation du service d'un plombier. Venant d'une journaliste, cela m'étonne d'autant plus, vous devriez savoir que les analogies sont toujours hasardeuses. La prochaine fois, comparez le partage sur internet à la spoliation des juifs en 1940, cela nous permettra au moins de rigoler en invoquant le point Godwin.

Pour finir, contrairement à ce que vous tentez de nous faire croire, vous prenez la défense du projet HADOPI. En dehors du débat de fond sur la nécessité ou non de créer cette haute autorité ( débat sur le « fair use », et sur l'incidence supposée du partage sur le chiffre d'affaire de l'industrie — les fondements du projet de loi étaient déjà bancals), toute l'opposition au gouvernement avait insisté sur la nécessité de faire intervenir la CNIL au plus haut niveau dans la HADOPI, sur celle de passer par un juge, d'autant plus qu'il s'agissait de couper la connexion des gens. L'atteinte à la liberté d'expression a été invoquée il y a longtemps, n'essayez donc pas d'excuser le gouvernement. La mutation de la peine en une amende faisait, de même, partie de l'un des amendements refusés, comme la quasi-totalité des amendements de l'opposition. Le gouvernement ne récolte que ce qu'il a semé, et au passage nous prouve que le respect des Droits de l'Homme et de la Constitution ne fait pas partie de ses priorités, alors que celui des intérêts financiers de ses amis « artistes » passe au premier plan.

Passons maintenant à la critique de ce que vous dites en réponses aux commentaires.

Non, nous ne faisons pas de nos artistes des fonctionnaires. Ils sont libres de créer ce qu'ils souhaitent, de faire des concerts et autres représentations publiques, de vendre des CD (séries limitées par exemple) ou des produits dérivés. La licence globale ne concerne que les partages non commerciaux de leurs œuvres entre internautes.

Vous vous targuez une fois de plus de vouloir défendre les intérêts économiques des artistes, vous accommodant du système actuel tant qu'une alternative n'existe pas. Très bien… Par contre, ce n'est pas en passant un an et demi sur un projet de loi qui part à la mitraille au conseil constitutionnel que l'on fait avancer les choses. L'industrie culturelle n'est pas morte à l'heure actuelle (elle se porte merveilleusement bien, contrairement à ce qu'elle voudrait nous faire croire), nous avons donc du temps disponible pour discuter des détails de la licence globale.

dimanche 15 mars 2009

Débats sur l'HADOPI à l'assemblée nationale et réflexions sur la licence globale

Je suis en train de regarder les vidéos des débats sur l'HADOPI à l'assemblée nationale. J'ai quelques commentaires à faire, donc je me lance.

Concernant l'assemblée nationale elle-même :

  • S'il y a 350 sièges environ, si les députés sont payés pour être présents aux débats, pourquoi n'y a-t-il que 50 à 100 personnes présentes dans l'hémicycle ? N'ont-il pas trouvé un meilleur système que celui en vigueur, qui permettrait aux députés de remplir leurs fonctions locales ainsi que leurs fonctions à Paris ? (Un truc qui pourrait être amusant serait de nécessiter les voix de 50% des députés pour faire passer une loi, et non 50% des députes présents. Ça obligerait les députés à venir… Bon, ok, je dis de la merde. Par contre, un député n'étant pas dans l'hémicycle et ne pouvant pas prouver qu'il n'y est pas parce qu'il assure ses fonctions de député en province au même moment, et donc qu'il ne fait pas autre chose qui n'a rien à voir — genre aller à la pêche ou coucher avec sa maitresse, ne devrait pas être payé pour ces heures là).
  • En fait, les débats à l'assemblée nationale, c'est un gros troll AFK qui dure des heures. La seule différence avec un troll sur internet, c'est que les deux parties n'écoutent pas les arguments qu'on leur oppose. Ils viennent à la tribune, font un discours de trente ou quarante-cinq minutes, puis vont s'assoir, boire un café, voire s'en vont, n'écoutant pas ce qu'a à dire le camps adverse…

Concernant le débat sur l'HADOPI :

  • Gros dialogue de sourd, la ministre et le rapporteur de la loi sont hermétiques à tous les arguments de l'opposition (c'est à peine s'ils les écoutent). Christine Albanel donne l'impression de ne donner d'importance qu'aux intérêts économiques des producteurs. On doute de son attachement à la rémunération des artistes, et on doute encore plus de l'importance qu'a pour elle l'intérêt public.
  • Les contre-vérités fusent. Exemple flagrant : le discours qui nous affirme qu'il est désolant que la jeunesse ne se rende pas compte que télécharger illégalement c'est du vol, que ça tue les petits créateurs, etc. (ce n'est pas du vol, c'est de la contrefaçon, et ça a plutôt tendance à aider les petits créateurs oubliés des majors et de leurs campagnes de pub).
  • Autre problème : l'argument qui voudrait que la coupure d'internet a été choisie au détriment d'une amende dans le but de mettre tout le monde à égalité devant la peine. Cela serait indispensable pour ne pas punir proportionnellement plus sévèrement les pauvres qui n'ont pas d'argent. Ridicule, je vais revenir là dessus un peu plus loin.
  • Christine Albanel n'a visiblement pas de conseiller technique dans son cabinet. Elle ne sait pas comment fonctionne un pare-feu, elle ne sait pas comment fonctionne internet, elle s'enfonce phrase après phrase en pensant qu'un « pare-feu, comme celui fourni par le pack Office, par le pack OpenOffice, ou même par tout système d'exploitation Linux, jouera le rôle nécessaire pour bloquer tout risque » (la phrase n'est pas exacte, je la ressors de mémoire). On apprend donc que Microsoft Office fournit un pare-feu, tout comme le fait OpenOffice. On apprend aussi qu'un pare-feu sur un ordi permet d'empêcher ses voisins de venir télécharger sur son propre wifi ouvert.

« Mais non madame, je suis innocent et blanc comme neige. J'avais mis un post-it sur mon écran avec marqué “interdiction de télécharger illégalement sur mon réseau”, je ne comprends pas comment mes voisins ont pu venir sur mon wifi ouvert et faire des trucs illégaux ».

Petit détail amusant :

Mme Brillart, de l'opposition, qui s'occupe d'avancer les arguments vis-à-vis de la faisabilité technique de la loi, et qui doit donc expliquer qu'on peut contrefaire des adresses IP, qu'on peut éviter le p2p et faire du f2f ou du direct-download, etc., s'offusque de voir que l'agence de communication qui a mis en place le site jaimelesartistes.fr est spécialisé dans les « campagnes virales et vidéos virales ». Sa réaction : « Bouh, les virus c'est mal, comment pouvez vous d'un côté demander aux gens de mettre des pare-feus et des antivirus sur les ordinateurs des internautes, et de l'autre payer une agence pour faire une campagne virale » … … … :D

Concernant le débat autour de la culture

Il n'y a aucun débat autour de la culture. Christine Albanel part du principe que le meilleur, si ce n'est le seul, système envisageable est celui qui est contrôlé par les maisons de disque à l'heure actuelle. Le fait que les maisons de disque seules décident de qui va gagner de l'argent et qui ne va pas en gagner ne l'émeut point. Les gens achètent la musique des gros artistes pour qui de la pub est faite sur TF1 et M6, c'est tout. Les petits artistes, même s'ils sont géniaux, ne vendent pas de CD, ne sont pas téléchargés, ne gagnent quasiment pas d'argent autrement qu'en faisant des concerts devant quelques amateurs avertis s'ils ont la chance d'être connus dans certains milieux. C'est ce système que Christine Albanel et son cabinet défendent. Les artistes riches sont riches, faisons en sorte qu'ils le soient encore plus en empêchant le téléchargement (à prouver, d'ailleurs, parce que moi j'ai pas plus d'argent à dépenser dans des CD qu'actuellement, sauf à arrêter d'aller au MacDo de temps en temps et à ne manger que des pâtes… À la limite, je peux arrêter de donner de l'argent à la croix rouge, ça me permettra de le donner aux majors à la place), et les artistes pauvres sont pauvres, c'est comme ça, on ne peut/va rien faire pour que ça change.

Dans les débats, les députés UMP réfutaient le fait que le droit à avoir internet serait un droit fondamental. Selon l'un d'entre eux, le droit à internet n'est en rien un « droit divin », et même sans internet il existe toujours le téléphone, les lettres, ou la voix pour communiquer. Ils oubliaient un peu vite que dans le rapport d'Eric Besson pour l'économie numérique ça fait partie des demandes (mais l'opposition le leur a rappelé, ce qui a étrangement fait taire les plus bornés). De plus, il existe un autre droit qui n'est pas divin : le droit d'auteur. Il a été créé il y a 200 ou 300 ans pour favoriser la création artistique en permettant aux créateurs de vivre de leurs œuvres (en opposition à « survivre dans la misère », voire à se faire spolier tout simplement), mais de nos jours, il est utilisé pour défendre un système qui fournit des millions et des millions d'euros aux plus gros artistes et industriels de la musique. Parmi les signataires de la pétition, les députés de l'UMP ne citent jamais que les artistes connus qui gagnent chacun au minimum plusieurs centaines de milliers d'euros par an, pas les artistes inconnus qui ne sont de toute façon pas téléchargés, mais qui défendent le système au cas où ils viendraient à atteindre la gloire…

Il ne faut pas oublier qu'on applique à la culture une économie de biens rares, alors même qu'on peut à coût marginal nul fournir du contenu à tout le monde, même aux pauvres qui ne peuvent ni acheter de CD à la FNAC, ni acheter de musique sur itunes. Quand Albanel refuse d'imposer une amende pour protéger les pauvres, elle oublie un peu vite qu'elle protège un système de distribution de la culture qui exclue les pauvres alors que techniquement et financièrement rien de concret ne s'oppose plus à ce que les pauvres aient accès gratuitement à ce qu'ils ne peuvent de toute façon pas payer.

On en revient à la licence globale. On est en train de se diriger vers des licences globales privées (Spotify, Deezer, etc.), où pour 10€ par mois on a accès à à peu près toute la musique (mais actuellement encore en fonction des accords entre majors et fournisseurs de service, donc pas vraiment tout. De plus, si la qualité et l'ergonomie de ces systèmes sont à peu près acceptables, il n'est pas possible d'emporter sa musique en voiture ou dans son baladeur mp3 pour aller faire un footing…). La licence globale est donc un système qui s'impose. Le hic, c'est que des licences « globales » privées ne permettent toujours pas aux pauvres d'accéder à la culture. 10€ par mois pour de la musique, quand on n'arrive même pas à manger en fin de mois, c'est toujours trop cher. Ajoutons à cela la place de cinéma à 9€ parce que le pauvre, il est agent d'entretien dans une boite qui n'a pas de CE pour avoir des places à 4€50, et donc il ne va pas non plus au cinéma.

On a vraiment besoin de se rendre compte rapidement que la licence globale est la seule solution équitable (c'est soit ça, soit on dé-régularise les échanges sur internet ne rendant tout gratuit légalement, enfin, de mon point de vue le monde marchand de biens numériques ne peut pas exister tant qu'internet existe). On doit s'en rendre compte avant que les licences privées soient trop répandues, avant que les majors ne se décident à y passer pour en garder le contrôle. Le chiffre d'affaire des ventes de CD en 2008 était de 600 ou 700 millions d'euros (contre plus d'un milliard il y a quelques années). À dix euros par mois, pour 18 millions de foyers connectés à internet, ça fait quand même un bon gros paquet d'argent (même si dans le tas on retire ceux qui en sont exemptés parce qu'ils sont trop pauvres). Plutôt que de servir les intérêts des gros riches des maisons de disque, servons ceux des français les moins aisés et apportons leur de la culture gratuitement puisque les évolutions technologiques le permettent désormais. Ce genre de taxe existe déjà avec la redevance télévisuelle, on n'inventerait rien de nouveau.

Avec tout l'argent récolté par cette licence globale, il y aurait moyen d'inclure l'industrie cinématographique dans le jeu. N'oublions pas qu'un tel système mettrait de côté tous les couts de fabrication des CD, des DVD, les couts d'exploitation des cinémas (oui, je n'aime pas les cinémas. Le son est trop fort, on n'a pas le droit d'y amener à manger et ce qu'on peut y acheter est très cher, on se tape de la pub de merde, et en belgique il y a une entracte de merde. Je souhaite voir les cinémas mourir, je préfère mon ordi, ma télé, voire mon home cinema avec son surround dans mon salon), donc l'argent récolté reviendrait directement dans les mains des créateurs. Donc les artistes seraient encore plus riches qu'aujourd'hui et la création n'en serait que favorisée.

Autre conséquence d'une licence globale : on peut y inclure les programmes télévisuels. Les émissions de télé pourraient être assujettis au même régime, et ça permettrait de donner des financements aux chaines qui créent de bons contenus (et hop, le problème du financement de France Télévision est réglé, je suis vraiment fort quand même :-).

D'un point de vue de la mise en place d'un tel système, je ne sais pas quel serait la meilleure solution. Une surveillance des plus gros réseaux p2p (torrent, edonkey, etc.) en permanence, mais avec un risque d'atteinte à la vie privée des gens ? Une surveillance régulière mais non continue, avec les mêmes problèmes de respect de la vie privée ? Des sondages réguliers pour savoir ce qui est téléchargé par les gens ? L'utilisation de trackers/serveurs centraux français, accessibles uniquement de France (et des autres pays adoptant un système similaire), pour simplifier tout ça ?

Il n'existe pas de système parfait. Il n'existe pas de système qui soit 100% juste. Il faut de toute façon faire des efforts, atteindre des consensus. L'état est là pour garantir les équilibres, pour trouver les proportions, pour répartir de manière juste ce à quoi ont droit chaque créateur. Le système actuel n'est pas du tout équilibré, il est injuste, attaqué de toute part, et pourtant il crée toujours des fortunes. Ce qu'il faut trouver, c'est le système qui soit le meilleur possible pour la société sur le long terme, et je pense personnellement qu'une sorte de licence globale est ce qui s'en rapproche le plus.

samedi 14 mars 2009

Le 15 mars 2079

Ce jour là, on pourra télécharger toutes les œuvres de Alain Bashung gratuitement et légalement, sans devoir donner d'argent à ses héritiers, ni risquer de se faire couper sa connexion internet.

C'est la fête \o/

mardi 24 février 2009

Le prix des choses

Dans une séance de vidage de tiroirs, je suis tombé sur un article sur le prix des musiques (sur Itunes à priori, mais ça s'applique à toutes les plate-formes). En voici un extrait intéressant :

Now, the reason the music recording industry wants different prices has nothing to do with making a premium on the best songs. What they really want is a system they can manipulate to send signals about what songs are worth, and thus what songs you should buy. I assure you that when really bad songs come out, as long as they're new and the recording industry wants to promote those songs, they'll charge the full $2.49 or whatever it is to send a fake signal that the songs are better than they really are. It's the same reason we've had to put up with crappy radio for the last few decades: the music industry promotes what they want to promote, whether it's good or bad

C'est intéressant tout ça. Toute la réflexion du gars n'est peut-être pas exacte dans sa totalité, mais comme depuis quelques temps j'essaie d'être un peu plus alerte quant à ce qu'on tente de nous faire croire à notre insu, ce genre d'article m'intéresse.

samedi 24 janvier 2009

Huhu… Haha… Hihi…

Je viens de lire une interview d'un cadre de chez Microsoft qui m'a bien fait rire.

Alors que Apple annonçait il y a peu qu'ils allaient se débarrasser de la plupart des DRM sur la plateforme Itunes, Microsoft fait le mouvement inverse, et le fait en beauté.

Ce que je retiens de l'article, c'est l'absence totale de maîtrise du sujet de la part du gars de chez Microsoft. Voici globalement ce qu'il dit (traduction et interprétation très libre de ma part, avec des commentaires mal organisés au milieu :-) :

  • Il y a peut-être des gens qui ne veulent écouter leur musique que sur leur mobile (donc peu importe les 95% de la population qui voudrait la transférer sur son PC. Le mieux quand on s'attaque à un marché, c'est de le choisir le plus restreint possible pour éviter d'avoir une croissance trop forte à l'avenir).
  • Il y a beaucoup de gens qui utilisent MSN, on trouvera bien assez de couillons parmi eux pour acheter de la musique sur notre nouvelle plateforme, par facilité, parce qu'un client de messagerie instantanée c'est le meilleur endroit pour acheter de la musique.
  • Non, les gens ne pourront pas transférer leur musique sur un nouveau téléphone, ils la perdront en changeant leur mobile, on a tout prévu.
  • Ah, ils changent de mobile tous les 6 à 18 mois en moyenne ? C'est ballot.
  • Comment ça, £1,5 c'est beaucoup pour de la musique sous DRM ? (ça fait quand même plus de deux euros le morceau ^^).

Bon, je me moque, mais avouez que c'est tentant. On pensait que Microsoft avait décidé d'être un peu moins mauvais dans ses décisions, que le drame lié à Vista leur avait appris des choses, mais non. Microsoft est toujours la plus mauvaise des boites d'informatiques.

Par contre, faut que j'aille prévenir ma petite sœur, elle est capable de dépenser de l'argent là dedans sans s'en rendre compte…

mardi 20 janvier 2009

Le nouveau visage de l'industrie musicale ?

Le site Rue89 vient de sortir un petit dossier en quatre parties traitant du MIDEM, un salon de l'industrie musicale :

En le lisant, certains éléments m'ont semblé intéressants.

Il s'est vendu plus de 66 millions d'albums en France l'année dernière. Cela représente donc à peu près un album par personne. Comme j'en ai acheté entre dix et quinze, je suis un très mauvais pirate… Ce n'est pas avec moi qu'ils arriveront à représenter une caricature de pirate qui fait du mal au monde de la musique.

Le reste de la première partie confirme ce que je pensais. Tout d'abord, les maisons de disque s'en mettent plein les poches grâce aux produits dérivés et aux concerts. Ensuite, les disques qui perdent le plus de revenus sont les singles ou CD deux titres, vendus principalement en grande surface, et comme en général c'est plutôt de la très mauvaise musique (illona mitrecey, pinochio, crazy frog et autres), ce n'est pas très grave. Ensuite, ils sortent deux ou trois généralités pour dire que le CD suit la même voie que le vinyle et pour basher sur les DRM (comme s'ils avaient toujours été contre et qu'ils nous délivraient courageusement).

La deuxième partie nous rappelle qu'il y a des procès, et qu'il va devenir nécessaire pour les internautes de télécharger illégalement leur musique sur rapidshare (de toute façon, quelqu'un ne voulant pas payer sa musique ne la paiera pas, il faut juste qu'il trouve un moyen de le faire sans être attrapé). Ensuite, on voit d'autres exemples de produits dérivés que l'industrie musicale est en train de monétiser (comme vendre des clips musicaux… mmmmh… il y a des gens qui achètent des clips musicaux ?). Qui a dit que c'était la crise ?

La troisième partie parle des nouveaux acteurs, maisons de production innovantes, diffuseurs, etc. Visiblement, ce n'est pas la crise pour eux, puisqu'il en pousse comme des champignons. On remarquera tout de même que tous ces nouveaux venus tournent autour de l'internet et ou du portable, preuve que les reproches faits à l'industrie du disque ces dernières années portent peu à peu leurs fruits. Internet est un potentiel, pas un problème, ils commencent seulement à s'en rendre compte (enfin, c'est plutôt d'autres personnes qui s'en sont rendu compte, et qui en profitent au dépend des anciens acteurs).

La quatrième et dernière partie du dossier, traitant de la gratuité et du financement par la publicité, est celle qui me semble la plus problématique. Ils donnent l'exemple de deux des plus gros acteurs qui se financent par la pub : Deezer et Airtist. Deezer génère moins de 150.000€ par an de revenus pour la SACEM, et Airtist, bien que plus rentable par titre, n'a généré en 2008 que 50.000€. C'est vraiment très peu, et jamais les producteurs ne s'en accommoderont. Ce n'est pas plus mal d'ailleurs, car je n'aime pas le financement « par la pub », d'une manière générale. Ça augmente le prix d'autres produits, en générale des produits alimentaires, et ça insère des intermédiaires dans les chaines de financement des artistes.

Et pour finir en beauté, voici une super citation intelligente :

tant que le téléchargement illégal existera, faussant les mécanismes du marché, il sera difficile de trouver le juste prix de la musique en ligne.

On prend le téléchargement illégal comme la cause de tous les maux de cette industries, et non comme la conséquence inévitable de ses faiblesses et de l'avidité de ses acteurs, comme ça on a un coupable facilement identifiable… Bordel de merde, vendez de la musique digitale à 50ct le morceau, sans DRM, sans faire de pub et en supprimant les intermédiaires et les coûts inutiles (distributeurs et autres), ça fera masse d'argent pour les artistes/techniciens/producteurs. Ça cassera les habitudes de piratage des gens, et ils iront toujours aux concerts pour vous faire gagner encore plus d'argent si vous êtes bons.

Il faut arrêter de prendre les gens pour des débiles, à leur vendre des morceaux à 1€30 dont le tiers ou la moitié va au distributeur final, alors que l'artiste lui-même serait presque capable de louer une dédibox et de récupérer plus d'argent en vendant ses morceaux lui-même à 30ct…

mercredi 7 janvier 2009

Réflexions sur la « licence globale »

En ce moment j'ai du temps à perdre, et j'ai décidé de remettre un peu d'ordre dans mes affaires (comprenez « ranger mon ordi, faire mes sauvegardes, lire les pages que j'ai marqué comme “à lire” ». Je me suis donc mis à fouiller dans mes bookmarks read-it-later, dont les éléments s'accumulent depuis plus de neuf mois sans que j'y touche.

Je suis tombé sur un article traitant de la licence globale (je vous conseille vraiment la lecture de l'article wikipedia, j'y a appris un certain nombre de choses), et je me suis aperçu que ma conception d'une économie équitable dans le domaine des œuvres culturelles s'en approchait fortement.

J'ai été agréablement surpris de voir que le problèmes que je me posais dans ma tête est exactement celui qui est exprimé sur la page Wikipedia : « Le problème réside dans le fait que toute donnée numérique peut en principe être copiée à l'infini, sans l'utilisation d'une quelconque matière. La licence globale cherche donc à trouver un compromis entre cette réalité, et la nécessité de rémunérer les ayant droit ».

Ce que veulent les ayant droit

De ce côté-ci, c'est malheureusement assez clair. L'objectif des différents acteurs du marché est très clairement de gagner le maximum d'argent. Ils souhaitent considérer leurs produits non pas comme des œuvres culturelles, mais comme de simples produits commerciaux (d'ailleurs, dans beaucoup de cas on est d'accord avec eux, ce n'est pas de la culture ^^).

Tous les artistes n'ayant pas cette mentalité, mettons de côté cette volonté de gagner le maximum, et accordons leur le droit à vouloir gagner bien leur vie en exerçant leur métier.

Le modèle actuel, malgré tout ce qu'on voudrait nous faire croire, n'est absolument pas en leur défaveur. Il permet aux artistes d'être très bien rémunérés. Je ne crois pas que les revenus des principaux artistes aient sensiblement baissé. Ils vendent peut-être moins de CD, mais gagnent toujours autant grâce aux produits dérivés et aux concerts.

D'ailleurs, la plupart des artistes, du moment qu'ils ont du talent, sont capable de vivre sans vendre de CD, simplement en faisant des représentations en public (concerts, ou musique dans les bars, etc.). C'est peut-être une situation précaire pour certains, mais bon, personne ne les force à être artistes, ils ont le droit d'aller travailler chez macdo s'il le souhaitent.

Et puis, si on regarde les différentes statistiques, ce n'est pas la musique des petits artistes qui est piratée, c'est celle des gros qui sont super riche, donc il ne faut pas essayer de faire culpabiliser les internautes.

Ce que veut le peuple

Le peuple, c'est nous, c'est moi, c'est vous. Ce qu'on veut, c'est avoir accès à la plus grande quantité possible de culture pour le meilleur prix. Je ne crois pas connaître de personne qui annonce clairement qu'il souhaite avoir tout gratuitement, toujours, dans tous les cas.

Notre objectif, du moins le mien, et d'avoir accès à l'ensemble de la culture de manière équitable. Pouvoir écouter toute la musique que je veux, voir tous les films et les séries dont j'ai envie, sans me ruiner, mais en rémunérant tout de même les « artistes » (entre guillemets parce qu'il y a aussi d'autres acteurs à rémunérer, pas uniquement les artistes).

Pourquoi le système actuel n'est pas satisfaisant

Le système actuel est plus ou moins satisfaisant, mais il est bancal.

Du point de vue du consommateur, il faut prendre en compte plusieurs éléments. Tout d'abord, chaque individu a un budget maximal qu'il peut allouer à l'achat de contenu culturel. Certaines personnes (dont moi), essayent d'être équitables (avec plus ou moins de réussite, je vous l'accorde), et achètent un certain nombre de CD, de musique en ligne, de VOD. L'année dernière j'ai dépensé plus de 200€ en CD. Je ne sais pas si c'est beaucoup, mais ça pèse beaucoup sur mon budget, surtout si on ajoute les sorties au cinéma, et le surcoût, réparti sur mes produits alimentaires, engendré par la pub (qui a payé pour les films et les séries que j'ai vu à la télé).

Pour résumer, j'ai payé beaucoup d'argent, mais je n'ai accès légalement qu'à une quantité réduite de contenus. Je suis dans l'incapacité financière de payer plus, je dois donc pirater pour accéder au reste de la « culture ». Certaines personnes ne s'embarrassent pas de ces considérations d'équité ou de justice, et se disent que tant qu'à faire, s'il faut pirater autant le faire dès le début.

Je n'ai que peu de considération pour le point de vue des ayant droit, car je pense vraiment qu'ils gagnent énormément d'argent malgré les faiblesse du système. Ils s'en sortent très bien, ils ne sont pas à plaindre. Ce qui me gêne, c'est qu'ils essayent de nous imposer un système basé sur la rareté de l'offre, à un tarif élevé, au lieu de profiter de l'abondance de l'offre à un coût faible. Dans les deux cas ils peuvent gagner (très confortablement) leur vie, mais comme ils ont moins de contrôle sur le deuxième cas, ils s'en méfient.

Comme ils commencent à se rendre compte qu'il va leur être très difficile de faire appliquer la loi tant qu'ils joueront sur la rareté, et que ça risque de faire complètement vaciller leur système si tout le monde se met à télécharger illégalement, beaucoup d'acteurs du marché semblent prêts à étudier les questions de licence globale et d'abondance pour le consommateur. Profitons-en.

Qui est contre la licence globale ?

Certains acteurs y perdront : Neuf, iTunes, la FNAC, etc. Pour simplifier : tous les intermédiaires. La licence globale fera que les artistes et les maisons d'édition ou de production seront rémunérés, mais elle met de côté les intermédiaires. En effet, puisqu'il n'y aura plus besoin d'acheter de CD, la FNAC ne pourra plus en vendre. Puisqu'il n'y aura plus besoin d'acheter ses mp3 en ligne, iTunes ou Amazon n'en vendront plus. Il est donc logique de voir le patron de la FNAC s'exprimer sur le sujet uniquement pour le critiquer et tenter de faire croire qu'il n'est techniquement pas réalisable.

Le danger des licences « privées »

C'est ce qu'on voit arriver avec certaines offres commerciales. Comme il n'y a pas d'autres moyens légaux d'avoir accès à toute la musique possible de manière légale sans se ruiner, beaucoup de consommateurs sont tentés par des offres payantes, autour de 10 ou 15€/mois, pour avoir accès à tout un catalogue, mais malheureusement souvent uniquement au catalogue de certains majors, rarement à celui des petites maisons de production, et quasiment toujours en devant accepter des DRM.

Cette situation tend à favoriser la création de monopoles, voire de vente liée dans le cas où une offre est liée à la possession d'un matériel unique (musique sur itunes = achat d'un ipod pour pouvoir la lire, musique illimitée sur Neuf = souscription à une offre internet chez Neuf… — itunes vient d'annoncer qu'ils avaient réussi à se débarrasser des DRM, c'est une bonne chose, mais toutes les plateformes de musique illimitée en sont encore munies), et ce n'est absolument pas acceptable, car ce n'est pas dans l'intérêt des consommateurs, ni dans celui de la culture et des artistes indépendants, car cela donne trop de pouvoir à trop peu de distributeurs différents.

On peut comparer ça à ce qu'il se passe actuellement avec les offres UGC Illimité. Pour pas trop cher on a un abonnement illimité chez UGC, donc on peut aller voir toutes les séance à n'importe quel heure. Cela paraît idéal, mais il faut étudier le revers de la médaille : on est obligé d'aller à UGC, donc si on veut voir un film d'un cinéaste alternatif, c'est mort, si on veut uniquement de la VO, c'est mort, etc. À l'heure actuelle, si on veut aller beaucoup au cinéma sans se ruiner (mais en soutenant tout de même la production de films), on est obligé d'accepter les règles du plus gros acteur du marché (UGC), et on condamne les petits cinémas à fermer, avec eux les films d'auteur et les productions indépendantes (si on paye 20€ par mois pour l'UGC Illimité, c'est pas pour accepter de payer 8€ pour une place au petit cinéma du coin).

Le principe des licences privées pour la musique est le même que celui des abonnements UGC Illimité. Accepter l'idée d'une licence globale aurait un effet bénéfique dans ce domaine, en rétablissant un équilibre des forces dans la profession.

Un contrôle centralisé ?

Le gros problème avec la licence globale, que ses détracteurs n'hésitent pas à brandir sous prétexte de protéger les consommateurs, est que si c'est techniquement possible, cela se fait dans un respect approximatif de leur vie privée.

Il y a plusieurs possibilités techniques pour faire payer les gens. Soit une licence vraiment globale (tout le monde paye du moment qu'il a un accès à internet), soit une licence facultative illimitée (les abonnés souscrivent à une option de téléchargement illimité, qui les met à l'abris de toute poursuite judiciaire, soit, pour finir, une licence (facultative ?) au pro rata de l'utilisation.

Dans tous les cas, il doit y avoir une surveillance des réseaux, pour savoir ce qui est téléchargé (pour savoir qui doit être rémunéré, de manière proportionnelle), ou bien pour savoir qui télécharge quoi (dans le dernier cas principalement). Cela peut poser des problèmes de confidentialité des informations, mais est-ce vraiment un problème ? Y a-t-il des cas où ce qu'on écoute ou regarde pourrait être espionné par les services secrets ou une autre branche secrète à la solde du pouvoir ?

Quel prix ?

La question du prix est primordiale. En effet, avant de répartir l'argent récolté entre les différents acteurs, il faut savoir de quelle cagnotte on dispose.

Le modèle économique qui semble être communément accepté est que chaque abonné à internet paye une somme fixe, ce qui remplis une cagnotte, qui est ensuite répartie proportionnellement entre les artistes : beaucoup d'argent pour ceux qui ont été beaucoup téléchargés, et peu d'argent pour ceux qui ne l'ont pas été. Mais qui fixe le tarif ? On parle de 5 ou 7€ par mois et par abonné, mais que se passe-t-il si les grandes maisons de disque s'accordent pour exiger une meilleur rémunération ?

Je pense que le problème peut se régler de lui-même (surtout qu'un tarif de 5€/mois peut facilement créer une cagnotte de près d'un milliard d'euros par an au total, ce qui fait beaucoup d'argent). De plus, à l'heure actuelle, on voit déjà que les maisons de disque sont obligées de se plier aux conditions des radios concernant leur rémunération. Un accord entre les ayants droit, l'état, la SACEM et d'autres acteurs n'est donc pas une utopie.

Quelles œuvres ?

Un élément me fait toutefois peur. Les conditions étant dictées par un organisme central, que se passe-t-il si une maison de production, qu'elle soit grosse ou indépendante, n'en est pas satisfaite ? Assez clairement, si ce système est mis en place, il deviendra incontournable. Un internaute payant la licence globale aura très naturellement tendance à considérer que toutes les musiques, films et séries sont accessibles gratuitement. Il serait illusoire, surtout en connaissant la situation actuelle, de croire que l'internaute moyen, prenant l'habitude de télécharger à tout va gratuitement, fasse la part des chose entre les œuvres auxquelles il a droit et celles dont les auteurs ne participent pas au mouvement car ils n'en ont pas accepté les conditions.

Quand on sait que de nos jours il est déjà impossible de poursuivre les « pirates », imaginez ce que ce sera quand quasiment tous les français téléchargeront quotidiennement, et qu'en plus ils seront réellement de bonne foi. Tous les producteurs d'œuvres culturelles seront donc obligées de participer au mouvement, même si cela ne leur plaît pas.

Du moment que le pouvoir centralisé qui régule tout cela est réellement juste, qu'il agit en prenant en compte les intérêts des gros acteurs autant que ceux des petits, ainsi que l'intérêt commun de la société et de la culture (la vraie, pas celle que voudrait nous vendre NRJ), je pense qu'il n'y a pas de soucis à se faire. Par contre, en ces temps de Sarkozisme il faut être vigilant.

Enfin, un autre problème se pose. Quelle version d'une œuvre tombe sous le coup de la licence globale ? Est-ce que des screeners de films sont autorisés alors que le film vient de sortir au cinéma ? Est-ce qu'on peut diffuser des .wave ou des .flac de œuvres musicales, là où les maisons de productions voudraient qu'on se limite à du mp3 bas débit ? J'imagine qu'une réglementation stricte à ce sujet (sortie des films en DVD/Divx un ou deux mois après la sortie au cinéma, etc.) pourra régler tous les problèmes techniques, mais il faut y penser avant de faire n'importe quoi.

Sous quelle licence d'utilisation des œuvres ?

On pourrait croire que dans le cas d'une licence globale il n'y aurait plus vraiment de problèmes de licences, mais il y en a toujours. Qu'ont le droit de faire les internautes avec les fichiers qu'ils ont téléchargés ? J'imagine que les restrictions existant actuellement s'appliqueront, c'est à dire qu'ils n'auront pas le droit de la rediffuser à des personnes n'y ayant pas droit.

Que se passera-t-il si un internaute « extérieur » vient télécharger une œuvre ? Dans la situation actuelle, cela veut dire que vous avez diffusé (upload) un contenu illégalement, et c'est puni plus sévèrement par la loi que le simple download. Cela voudrait-il dire qu'il faudrait utiliser un réseau de partage séparé, auquel n'auraient accès que les gens payant la licence globale ? Le FAI serait alors responsable du contrôle de qui a accès à quoi, et ça mettrait de côté d'autres réseaux p2p ouverts (torrent, ou edonkey).

Enfin, que pourrait faire un internaute ayant payé la licence globale à une époque, mais ayant résilié son « abonnement » ? On peut se retrouver dans une situation de « all you can eat buffet », où certains internautes prendrait un abonnement pour seulement un temps limité, histoire de télécharger comme des porcs pendant ce temps, puis arrêteraient de payer par la suite. Auraient-ils le droit d'écouter la musique qu'ils ont téléchargé alors qu'ils ne payent plus ? Dans les faits, j'imagine qu'une souscription à l'année, un peu comme la redevance télé, réglerait ce problème.

Les alternatives à la licence globale

Il n'y a que peu d'alternatives viables à cette licence globale. Tous les modèles actuels d'exploitation des œuvres culturelles ont soit montré leurs limites (dans le cas de la distribution classique), soit montré qu'elles sont dangereuses pour le consommateur (avec l'utilisation de DRM ou la liaison forcée à d'autres services/produits).

Les autres alternatives, dont je n'ai pas encore parlé, concernent principalement la musique libre, avec des œuvres gratuites, rémunérées par dons ou par prix « au bon vouloir de l'acheteur ». Ce sont des modèles économiques qui ont leur limitations, mais qui ne sont pas inenvisageables. On fera remarquer qu'un des albums les plus vendus sur Amazon cette année (celui de Nine Inch Nails) était sous licence CC, donc à priori gratuit.

Un avantage tout de même pour la licence globale, c'est que des artistes libres pourraient très bien sortir leurs œuvres sous une licence libre, tout en entrant dans le système. Nous aurions donc des œuvres libres, que nous téléchargerions gratuitement en p2p, et les artistes seraient quand même payés par la cagnotte globale.

Conclusion

Comme vous pouvez le voir, je suis plutôt favorable à l'idée d'une licence globale. Je ne me souviens pas bien de ce que j'en pensais il y a quelques mois, mais voilà mon avis maintenant que je me suis un peu documenté. Je suis prêt à payer 5, 10 ou 15 euros, voire un peu plus, pour avoir le droit d'accéder à toutes les œuvres culturelles existantes, du moment qu'on nous donne des œuvres de qualité (les mp3 en 128kbps ou les Lord of the Ring en trois CD, ça fait pas très sérieux).

Aucune solution n'est parfaite, il y aura toujours des personnes non satisfaites. Il faut trouver un équilibre, et un système de licence globale s'en approche peut-être. Une licence globale aura l'avantage de forcer les producteurs de contenu à diffuser sur les réseau de partage des fichiers de bonne qualité, pour pousser les internautes à les télécharger (sans quoi ils ne seront pas rémunérés).

La culture se diffuse, les internautes ont accès à un buffet « gratuit » de contenu, les artistes et producteurs sont rémunérés (en plus des concerts, des places de cinéma ou des ventes à la télé), et tout le monde est content.