Aïe aïe aïe, après avoir passé deux jours de permission tranquille à la
maison, et une superbe soirée à Chaumont le dimanche soir, je rentre à la
caserne complètement à l'arrache à 23h49, soit une minute avant l'heure limite.
D'ailleurs l'adjudant de compagnie fait le guet à l'entrée de la caserne, avec
une tête de tueur (comme d'habitude, mais en pire).
Après une courte nuit d'à peine plus de cinq heures (forcément, en rentrant
à minuit et avec un réveil prévu à 5h30, je ne risquais pas de trop dormir…),
la journée s'annonce dure. Dès le matin, on a droit à des remontrances de la
part des cadres. « Le ménage, bla bla bla, la discipline, bla bla bla, si
vous n'avez pas envie de vous plier aux règles, rien ne vous empêche de partir,
bla bla bla… » Malheureusement, ils ont raison.
La journée commence tranquillement, avec quatre heures de
« sport »[1] pour mon peloton, puis à midi, la
situation se dégrade, on se reprend des remontrances liées aux mêmes évènements
que le matin, on apprend qu'on n'aura que peu de temps pour manger le soir, et
que la journée de mardi sera chargée. Réveil prévu à 5h15, petit-déjeuner
à 6h15 (il faut faire le ménage de tout le bâtiment entre-temps, et se
rassembler à 6h10 au plus tard, etc.), puis cours à 6h45 (non, je ne me suis
pas trompé dans l'heure :D), ce qui est tout bonnement impossible (il faut au
moins 15 minutes pour que toute la compagnie passe l'entrée du mess, puis dix
minutes pour manger, puis cinq à dix minutes pour revenir à l'hébergement
chercher les affaires de cours, se préparer et sortir se mettre en rang, puis
cinq minutes pour aller en cours. Ça fait au moins 40 minutes à faire tenir
dans 30, sachant que j'ai limité les délais au minimum possible). À midi, le
programme est le même, il est encore prévu de n'avoir que 30 minutes pour
manger et aller en cours.
Mais avant de penser au lendemain, terminons ce beau lundi qui a si bien
commencé. Le soir, changement d'horaires au dernier moment, les cadres décident
de ne nous laisser que 30 minutes pour manger puis aller en étude (au lieu
d'une heure à une heure et demie en général). Vous noterez que les délais sont
ici les mêmes que pour le repas de midi, donc on a à peine le temps de manger…
On s'exécute tout de même, en grommelant un peu, puisqu'on n'a pas le choix.
Après 15 minutes d'étude, on se fait rassembler dehors, pour partir pour une
marche surprise, de nuit… Tout ce déplacement entre le mess, la salle d'étude
et l'hébergement pour rien… Uniquement du temps perdu.
Tout ceci est malgré tout une bonne nouvelle, parce que c'est la marche dite
« du passant » que l'on réalise dans la soirée. C'est une marche de
longueur moyenne (entre dix et quinze kilomètres) d'un peu plus de deux heures
dans notre cas, qui nous permet d'obtenir le petit passant de couleur à mettre
sur les épaulettes pour officialiser notre appartenance à la compagnie.
Quelques bobos plus tard, après quelques efforts, on nous remets nos passants
gris (la couleur de la cinquième compagnie), et on va se coucher avec
extinction des feux à minuit.
À minuit et quart, réveil et rassemblement de la compagnie à l'extérieur,
parce qu'un cadre est passé dans les couloirs et que des gens parlaient dans
certaines chambres… On se couchera finalement à minuit et demi (avec si vous
vous rappelez bien, réveil prévu à 5h15, je vous laisse faire le calcul de la
durée maximale de sommeil à laquelle on a droit…).
Le lendemain matin, tout se déroule comme prévu. On est fatigué, stressé, à
l'arrache, pressé, etc. On réussit quand même à respecter à peu près les
horaires (une grande victoire). À huit heures commence pour mon peloton le
premier cours d'évolution tactique avec arme, donc on passe quatre heures à
longer des murs avec un pistolet à bout de bras, à contourner des coins de
murs, à devoir gérer des portes ou des fenêtres, à pénétrer dans des pièces en
coordination avec un coéquipier, en criant « GENDARMERIE NATIONALE !
LÂCHEZ VOTRE ARME ! », à devoir être attentif aux mouvements
d'éventuels adversaires et à ceux de son coéquipier… Bref, que du bonheur,
surtout quand on a dormi moins de dix heures en deux nuits, qu'on est
complètement mort de fatigue (j'avais du mal à suivre les explications des
instructeurs), qu'on ne tient plus sur ses jambes, qu'on est en grosse
hypoglycémie et qu'on a des sueurs froides…
Que du bonheur, mais le repas de midi finit par arriver et il remet tout
dans l'ordre. La fatigue se fait oublier, l'hypoglycémie s'envole (forcément,
en mangeant…), et la bonne humeur revient. À 14h, on attaque un grand
moment : le premier tir au pistolet automatique avec de vraies munitions
(je ferai un billet à propos des armes un jour ou l'autre). Ce n'est pas si
difficile que ça, mais ça fait bien plus de bruit que je ne l'imaginais. Je
fais un score honnête, en perdant des points en ratant une fois l'adversaire
(imaginons qu'il y a une petite fille derrière le malfrat, et que c'est elle
qui s'est pris la balle :-s). Sur 20 balles, 18 dans la zone idéale, une dans
la jambe et une petite fille tuée, c'est un bon score pour un débutant. Dans la
foulée, on passe les évaluations pour montrer qu'on sait manipuler une arme en
toute sécurité. Je valide ça vite fait bien fait, donc la prochaine fois que
patrouillerai autour de l'école, ça se fera avec un pistolet chargé au
ceinturon, et avec un gilet par balle… Quelque part, je crois que je préférais
quand même le petit bâton ridicule qu'on avait jusqu'à présent… Si je me fais
attaquer, je préfère prendre des coups de bâton qu'une balle…
Bon, allez, c'est pas tout d'écrire des billets pour le blog, mais il faut
dormir. Pour une fois qu'on a une nuit qui va ressembler à quelque chose,
profitons-en.