Comme je l'ai dit dans un précédent billet, je suis enfin en permission.
Cela fait quinze jours que je n'ai pas pris note de mes sentiments sur mes
nouvelles expériences, donc je vais profiter de ce billet pour faire un bilan
de ces trois premières semaines en essayant de donner les détails
intéressants.
Les premiers jours sont un peu difficiles, principalement à cause de toutes
les nouveautés, de toutes les règles à apprendre, à cause de la discipline
militaire à prendre en compte, du rythme de vie totalement différent de celui
qu'on a quand on est un civil en vacances, etc. Au départ, on est vraiment
perdu. On sait bien qu'il n'est pas acceptable de saluer les instructeurs avec
un simple « Bonjour monsieur », mais on ne sait pas quoi dire à la
place. De plus, on n'est pas encore militaire, puisqu'on n'a pas encore signé
le contrat d'engagement, et à cela s'ajoute qu'on est toujours habillé en
civil, en attendant qu'ils nous fournissent le paquetage. On ne sait pas quoi
dire, on ne sait pas quoi faire, on ne sait pas comment se placer, ni comment
réagir aux ordres qu'on nous donne, on est donc complètement perdus.
Heureusement qu'il y a quelques élèves qui arrivent d'autres écoles (ceux qui
se sont blessés en formation et qui viennent terminer leurs stages avec nous),
ils sont pour nous une source précieuse d'informations.
Le rythme et les règles de la caserne sont déstabilisants. Le fait de se
coucher à 22h30 pour se lever à 5h30 me change radicalement du rythme de
sommeil 8h-18h que j'adopte régulièrement quand je suis en vacances. Les
horaires sont à respecter scrupuleusement, que ce soit ceux de coucher ou
lever, mais aussi ceux de rassemblement. Il n'est pas vraiment bon d'arriver en
retard à un rassemblement (surtout quand tout le monde est logé à la même
enseigne, et qu'il n'y a donc aucune raison d'être plus en retard que les
autres).
Pour ce qui est des horaires classiques de la caserne, c'est 22h30-5h30 pour
le sommeil (ça varie à une demi-heure près selon les jours, on a eu deux nuits
de 8 heures en trois semaines, la plupart durant plutôt 6h30 ou moins). Au
réveil, on doit se préparer et faire ses TIG (Travaux d'Intérêt Général,
c'est-à-dire « ménage »), puis vient un rassemblement vers 6h20 pour
aller prendre le petit-déjeuner au mess aux alentours de 6h30 (ces horaires,
comme ceux du déjeuner, peuvent varier à un quart d'heure près en fonction du
planning du mess et des autres compagnies présentes dans l'école). Le premier
rassemblement important de la journée se tient à 7h30 (comptage des effectifs,
rapport des élèves de jour pelotons à l'élève de jour compagnie, puis de
celui-ci au commandant de compagnie), on y reçoit un certain nombre
d'instructions pour la journée, puis on va en cours à 8h. Deux fois deux heures
de cours plus tard (salles de cours, amphis, ou salle de sport ou
d'entrainement pratique, ça dépend des jours), on mange entre midi moins le
quart et midi et quart. Nouveau rassemblement à 13h30, et cours à 14h, jusqu'au
diner à 18h (plus ou moins 15 minutes). Ensuite, études ou cours jusqu'à 21h30,
puis dodo entre 22h et 22h30.
Les journées sont plutôt chargées, mais on prend vite le rythme. De la même
manière, on se fait assez rapidement aux règles et à la discipline. Celle-ci
n'est pas trop stricte au début (les instructeurs savent que le choc est
brutal), mais elle s'intensifie au bout de deux ou trois jours, histoire de
montrer à ceux qui sont venus en touristes qu'ils sont désormais dans une école
militaire et que les règles qui y ont cours ne sont pas les mêmes qu'au lycée
ou à la fac. La discipline et l'exigence s'est un peu affaiblie depuis quelques
jours. D'une part, la compagnie fait mieux les choses et commence à respecter
les règles de base, d'autre part, les instructeurs n'ont pas que ça à faire,
ils ont aussi une famille dont ils doivent s'occuper (quand ils viennent nous
réveiller à minuit parce que quelqu'un a fait une bêtise, c'est autant de temps
qu'ils passent éloignés de leurs femmes ou enfants), je les comprends. Par
contre, je pensais que l'exigence croitrait avec le temps, et ce qui était
acceptable un jour serait puni le lendemain ou la semaine suivante. Mais non,
les exigences initiales nous on permis d'atteindre un palier de rigueur et de
discipline certes largement supérieure à ce dont on pouvait faire preuve les
premiers jours, mais qui me semblent encore bien médiocres par rapport à ce que
je m'imaginais concernant une école militaire.
Le problème principal auquel on doit faire face, c'est le niveau de maturité
d'une partie des élèves. La moyenne d'age de notre stage est de vingt ans et
demi, ce qui est plutôt faible. Cela veut dire qu'il y a plus de la moitié des
effectifs qui ont à peu près 18 ans, et qui viennent de quitter le lycée,
papa-maman, et qui découvrent la vie réelle. C'est leur premier contact avec
l'indépendance, avec la responsabilité, avec les règles et la discipline, et ça
s'en ressent dans le comportement général de la compagnie. Beaucoup d'entre eux
ont tendance à penser que les règles sont là pour être respectées quand les
cadres sont là, mais qu'on peut les oublier quand on est entre nous… Ce qu'ils
ne prennent pas en compte, c'est que dans l'école, les murs ont des oreilles,
les fenêtres ont des yeux, tout s'entend et tout se voit, et tout fait anormal
parvient très rapidement à la connaissance de nos cadres.
Allez, ce billet est assez long pour le moment, j'ai encore énormément de
choses à dire mais je les garde pour de futurs billets. Cette fois-ci je vais
emporter mon ordi portable à l'école, je pourrai me connecter à internet au bar
du mess (on n'a les identifiants pour se connecter que depuis quelques jours)
ou via un réseau FreeWifi du voisinage (le signal est trop faible pour être
exploité avec mon N810, mais j'espère qu'avec la carte wifi de mon laptop ça
devrait passer).