Le blog de vetetix

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jeudi 22 octobre 2009

Direction l'Isère

Ça y est, l'école est terminée, et je suis arrivé à ma brigade d'affectation, en Isère. Je me rends compte que je n'ai pas écrit beaucoup de billets durant l'école et que je n'ai en conséquence pas partagé mes expériences comme je le souhaitais initialement, mais il n'est jamais trop tard pour se rattraper.

La formation de treize semaines à l'école de gendarmerie de Chaumont s'est terminée par une petite cérémonie de remise du képi aux élèves ayant validé leur Certificat de Qualification Technique. J'ai eu la chance inouïe de terminer major de stage, à moins d'un dixième de point du deuxième, donc j'ai eu droit à différents honneurs.

J'ai défilé en tête de la compagnie durant la cérémonie, je me suis fait remettre mon képi par un général, j'ai récité le serment devant tout le monde au tribunal, j'ai dû écrire un petit discours à faire devant toute la compagnie, les parents et les cadres de l'école juste après la cérémonie… Ah, et j'ai gagné un weekend avec la Maison de la Gendarmerie, trop la classe \o/.

Bon, maintenant c'est terminé. J'ai passé quelques jours au Luxembourg avec ma copine, puis on est parti vers nos affectations, elle à Belley dans l'Ain et moi à Villard-Bonnot, à côté de Grenoble dans l'Isère, à une heure de voiture. Vivement les prochains jours que je puisse découvrir le véritable métier de gendarme.

Après trois mois de formation, ma vision de la Gendarmerie a changé. On m'a confirmé mes « craintes » quant à la difficulté du métier, mais on m'a aussi ajouté de nouvelles craintes relatives à des situations difficiles qu'un civil peut se permettre d'éviter, pas un gendarme. On a eu droit à quelques présentations assez difficiles sur la sécurité routière, avec de belles photos qu'on ne verra jamais à la télé dans les spots de sensibilisation aux risques de l'alcool ou de la vitesse, et à une présentation vidéo d'une autopsie.

Un motard coupé en deux avec quelques mètres d'intestins entre les deux morceaux, ou un cerveau tombé sous le levier de vitesse, ça ne donne pas envie de manger le steak-frites de la cantine juste après… Voir un homme se faire disséquer, se faire retirer les organes l'un après l'autre, puis se les faire découper en tranches de 2 cm d'épaisseur, ça n'aide pas non plus…

Enfin bon, peu importe, ce sont des choses qu'on verra, mais pas trop souvent (j'espère). Ce que j'attends, c'est tout ce qu'on aura régulièrement, c'est à dire les gens peu commodes (il parait qu'il y en a qui n'aiment pas se faire verbaliser…), les nuits blanches à devoir gérer trois accidents routiers à la suite, etc. On nous a prévenu que le métier n'est pas et ne sera jamais facile, j'attends de voir. Cent mille gendarmes l'exercent quotidiennement, je devrais y arriver moi aussi.

samedi 8 août 2009

[Jour 20] La première permission

Comme je l'ai dit dans un précédent billet, je suis enfin en permission. Cela fait quinze jours que je n'ai pas pris note de mes sentiments sur mes nouvelles expériences, donc je vais profiter de ce billet pour faire un bilan de ces trois premières semaines en essayant de donner les détails intéressants.

Les premiers jours sont un peu difficiles, principalement à cause de toutes les nouveautés, de toutes les règles à apprendre, à cause de la discipline militaire à prendre en compte, du rythme de vie totalement différent de celui qu'on a quand on est un civil en vacances, etc. Au départ, on est vraiment perdu. On sait bien qu'il n'est pas acceptable de saluer les instructeurs avec un simple « Bonjour monsieur », mais on ne sait pas quoi dire à la place. De plus, on n'est pas encore militaire, puisqu'on n'a pas encore signé le contrat d'engagement, et à cela s'ajoute qu'on est toujours habillé en civil, en attendant qu'ils nous fournissent le paquetage. On ne sait pas quoi dire, on ne sait pas quoi faire, on ne sait pas comment se placer, ni comment réagir aux ordres qu'on nous donne, on est donc complètement perdus. Heureusement qu'il y a quelques élèves qui arrivent d'autres écoles (ceux qui se sont blessés en formation et qui viennent terminer leurs stages avec nous), ils sont pour nous une source précieuse d'informations.

Le rythme et les règles de la caserne sont déstabilisants. Le fait de se coucher à 22h30 pour se lever à 5h30 me change radicalement du rythme de sommeil 8h-18h que j'adopte régulièrement quand je suis en vacances. Les horaires sont à respecter scrupuleusement, que ce soit ceux de coucher ou lever, mais aussi ceux de rassemblement. Il n'est pas vraiment bon d'arriver en retard à un rassemblement (surtout quand tout le monde est logé à la même enseigne, et qu'il n'y a donc aucune raison d'être plus en retard que les autres).

Pour ce qui est des horaires classiques de la caserne, c'est 22h30-5h30 pour le sommeil (ça varie à une demi-heure près selon les jours, on a eu deux nuits de 8 heures en trois semaines, la plupart durant plutôt 6h30 ou moins). Au réveil, on doit se préparer et faire ses TIG (Travaux d'Intérêt Général, c'est-à-dire « ménage »), puis vient un rassemblement vers 6h20 pour aller prendre le petit-déjeuner au mess aux alentours de 6h30 (ces horaires, comme ceux du déjeuner, peuvent varier à un quart d'heure près en fonction du planning du mess et des autres compagnies présentes dans l'école). Le premier rassemblement important de la journée se tient à 7h30 (comptage des effectifs, rapport des élèves de jour pelotons à l'élève de jour compagnie, puis de celui-ci au commandant de compagnie), on y reçoit un certain nombre d'instructions pour la journée, puis on va en cours à 8h. Deux fois deux heures de cours plus tard (salles de cours, amphis, ou salle de sport ou d'entrainement pratique, ça dépend des jours), on mange entre midi moins le quart et midi et quart. Nouveau rassemblement à 13h30, et cours à 14h, jusqu'au diner à 18h (plus ou moins 15 minutes). Ensuite, études ou cours jusqu'à 21h30, puis dodo entre 22h et 22h30.

Les journées sont plutôt chargées, mais on prend vite le rythme. De la même manière, on se fait assez rapidement aux règles et à la discipline. Celle-ci n'est pas trop stricte au début (les instructeurs savent que le choc est brutal), mais elle s'intensifie au bout de deux ou trois jours, histoire de montrer à ceux qui sont venus en touristes qu'ils sont désormais dans une école militaire et que les règles qui y ont cours ne sont pas les mêmes qu'au lycée ou à la fac. La discipline et l'exigence s'est un peu affaiblie depuis quelques jours. D'une part, la compagnie fait mieux les choses et commence à respecter les règles de base, d'autre part, les instructeurs n'ont pas que ça à faire, ils ont aussi une famille dont ils doivent s'occuper (quand ils viennent nous réveiller à minuit parce que quelqu'un a fait une bêtise, c'est autant de temps qu'ils passent éloignés de leurs femmes ou enfants), je les comprends. Par contre, je pensais que l'exigence croitrait avec le temps, et ce qui était acceptable un jour serait puni le lendemain ou la semaine suivante. Mais non, les exigences initiales nous on permis d'atteindre un palier de rigueur et de discipline certes largement supérieure à ce dont on pouvait faire preuve les premiers jours, mais qui me semblent encore bien médiocres par rapport à ce que je m'imaginais concernant une école militaire.

Le problème principal auquel on doit faire face, c'est le niveau de maturité d'une partie des élèves. La moyenne d'age de notre stage est de vingt ans et demi, ce qui est plutôt faible. Cela veut dire qu'il y a plus de la moitié des effectifs qui ont à peu près 18 ans, et qui viennent de quitter le lycée, papa-maman, et qui découvrent la vie réelle. C'est leur premier contact avec l'indépendance, avec la responsabilité, avec les règles et la discipline, et ça s'en ressent dans le comportement général de la compagnie. Beaucoup d'entre eux ont tendance à penser que les règles sont là pour être respectées quand les cadres sont là, mais qu'on peut les oublier quand on est entre nous… Ce qu'ils ne prennent pas en compte, c'est que dans l'école, les murs ont des oreilles, les fenêtres ont des yeux, tout s'entend et tout se voit, et tout fait anormal parvient très rapidement à la connaissance de nos cadres.

Allez, ce billet est assez long pour le moment, j'ai encore énormément de choses à dire mais je les garde pour de futurs billets. Cette fois-ci je vais emporter mon ordi portable à l'école, je pourrai me connecter à internet au bar du mess (on n'a les identifiants pour se connecter que depuis quelques jours) ou via un réseau FreeWifi du voisinage (le signal est trop faible pour être exploité avec mon N810, mais j'espère qu'avec la carte wifi de mon laptop ça devrait passer).

[Jour 5] Arghhhh.....

Jours trois et quatre, pas le temps d'écrire quoi que ce soit. Pas le temps de faire quoi que ce soit tout court d'ailleurs. J'ai apporté un magazine[1] et un bouquin[2], je n'ai pas eu le temps de les ouvrir de la semaine...

« Le club Med, c'est fini » a dit l'un des instructeurs, « posez les valises ! ». En effet, maintenant que quasiment tout le monde est passé à la visite médicale, et est déclaré « apte », les pompes et les gainages[3] ont commencé. On en fait plusieurs séries à chaque fois que quelqu'un regarde ses chaussures pendant un garde-à-vous, tourne la tête ou parle pendant les déplacements en ordre serré.

Le premier jour, on a méchamment dégusté, en grande partie à cause des pipelettes du fond de colonnes (celles qui sont toutes petites, qui croient qu'en roulant des paupières elles vont échapper aux punitions, et qui sont incapables de rester dix minutes sans raconter leurs histoires de manucures), ainsi qu'à cause de ceux qui râlent en pensant aux comportements irresponsables des premières (hé ouais, on ne râle pas au garde-à-vous :-(

Maintenant, deux jours plus tard, on s'est bien calmé (les douleurs dans les bras aident à se souvenir des règles), mais les instructeurs trouvent toujours d'autres raisons d'appliquer une punition. Ils pompent avec nous, malgré leurs 40 ans passés, ça force le respect.

C'est pour la discipline, la rigueur et les souffrances que j'ai signé, je suis servi et j'en suis vraiment content.

Allez hop, il est 22h30, réveil à 5h30 demain pour la première marche de la formation (en forêt et dans la boue, si j'ai bien compris), donc dodo, ne gâchons pas trop les heures de sommeil.

Notes

[1] C'est le magazine sur les puces RFID récupéré au Forum International sur la Cybercriminalité à Lille

[2] Ninetine eighty four, de Orwell, en Anglais, que ma mère avait lu en 1970, donc avant 1984 (trop la classe)

[3] Les gainages, c'est comme des pompes, mais sur les avant-bras, sans bouger, ça explose les abdos

[Jour 2] Toujours le club med

Le deuxième jour, on est toujours un peu au club Med'. Certains disent que c'est parce que tout le monde n'est pas encore passé à la visite médicale, donc les instructeurs n'ont pas le droit de nous faire faire de sport (ni de pompes punitives \o/). Ils s'énervent tout de même régulièrement, devant le manque d'efficacité de la compagnie, ou l'absence totale de dynamisme de certains.

Par contre, YEAH \o/, paquetage ! On rentre dans un long bâtiment dédié à la distribution du paquetage de dotation, on fait la queue pendant plusieurs heures, on essaye tout pleins de vêtements kaki, camouflage ou "bleu gendarmerie", etc. On rentre en slip, et on sort habillé avec un sac de rempli de dix ou quinze kilos de pantalons, vestes, chaussures... et bien sûr le fameux treillis et ses rangers associées :-)

Je ferai un jour ou l'autre une liste des effets de dotation, pour tous les futurs gendarmes qui voudraient ces informations et qui tomberaient sur mon blog. En attendant, direction la chambre pour se changer, apprendre à lasser ses rangers (oui, il y a une méthode toute bizarre pour le faire), et reprendre l'instruction de base (parce que la marche au pas, et les manœuvre en rang, ça ne s'apprend pas en deux jours, surtout quand celui qui commande un autre élève qui refait une partie de sa formation maîtrise aussi peu le commandement que nous l'exécution des ordres).

L'après-midi, toujours de la marche et des amphis de présentation (sécurité sociale militaire, signatures de nouvelles attestations -- non, je n'ai tué personne entre le passage de mes épreuves et la signature de mon contrat, je le certifie avec ma signature :D).

On finit avec une bonne nouvelle : retour au casernement à 21h, une heure pour nous (quel luxe ! Ça me permet d'écrire ce billet), extinction des feux à 22h, et réveil prévu à 6h (waaaa, 8h de sommeil, c'est vraiment les vacances ici :D).

Allez, dodo ! Deux jours de passés, plus que quatre-vingt neuf(ou un truc dans le genre).

[Jour 0] Une nouvelle vie commence

Non, je ne commence pas à 0 parce que je suis un geek, mais parce que je suis arrivé à Chaumont la veille de l'incorporation

Je suis arrivé à 17h à Chaumont, je découvre que c'est vraiment tout paumé au milieu de la campagne. Le centre-ville est tout petit, mais au moins il existe. J'ai repéré un kebab et une pizzeria, je ne mourrai pas de faim pendant les permissions :D

Bonne surprise en arrivant, ma compagnie est logée dans le bâtiment principal de la caserne, qui donne sur la place d'arme. C'est idéal pour assister au lever des couleurs le matin (à 6h30...). Autre bonne surprise, les chambres de 4 personnes sont spacieuses et en très bon état. Avec une armoire et une penderie par personne, j'aurais pu apporter plus d'affaires mais j'ai préféré être prudent.

Contrairement à ce que j'avais imaginé, si les toilettes sont communes, il y a une salle de bain par chambre, avec deux douches et quatre lavabos. On se croirait presque au club Med', mais le règlement et les horaires nous ramènent à la réalité.

Le règlement, c'est des pages et des pages, utilisant des termes très "militaro-gendarmiques" pour nous lister ce que l'on ne peut pas faire dans la caserne (en gros, on a le droit d'exister, mais c'est à peu près tout :D), et les formulations à utiliser impérativement pour saluer un supérieur, faire un rapport, préparer la chambre à l'entrée d'un chef pour une inspection.

Pour l'instant, je ne suis qu'un civil séjournant dans une enceinte militaire, attendons le lendemain pour devenir militaires.

[Jour 1] Les vacances c'est fini, maintenant vous êtes militaires !

Ça y est, je viens de signer mon contrat \o/, je suis "élève-presque-gendarme".

Le premier jour, bien que ressemblant toujours un peu au club Med', est bien plus fatiguant que le précédant. Tout d'abord, les horaires : levé à 5h30, couché la veille à 22h30 :-s . Ensuite, le programme, avec le matin un parcours d'intégration pour signer le contrat et donner des papiers, puis près de deux heures de marche au pas, en rythme, etc. (En avant, marche !... Demi-tour, droite !...).

L'après midi, même programme que le matin, avec d'autres formalités administratives, de la marche, et une présentation en amphi (fonctionnement de la caserne, de la compagnie et des pelotons, etc.)

Le soir, extinction des feux prévue à 22h30, mais comme la moitié des gens ne l'ont pas respectée, rassemblement en bas du bâtiment à 22h35, alors que j'étais sous la douche :D

On se couche finalement à 23h30, ce qui fait mal avec le réveil prévu à 5h20 le lendemain matin.

J'attends avec impatience le lendemain, où je recevrai mon paquetage. Je pourrai porter un treillis et des rangers neuves qui font des ampoules :D.

Je rentre à nouveau dans mon short préféré !

Trois semaines après mon incorporation à l'école de gendarmerie de Chaumont, j'ai ma première permission[1].

Je suis rentré à Luxembourg pour voir mon père (le reste de ma famille est déjà partie en vacances) et pour récupérer quelques affaires dont j'ai besoin en école. J'en profite aussi pour m'habiller en civil et, surprise, je rentre à nouveau dans mon short préféré qui n'était plus à ma taille depuis que j'avais pris quelques kilos ces dernières années \o/ Merci le sport en école militaire :D

À l'école, je n'avais pas du tout internet pendant les premières semaines, mais j'avais quand même mis par écrit quelques-unes de mes pensées au tout début. Je vais donc tout de suite les poster sur le blog, puis je ferai un petit bilan de ces trois premières semaines dans la foulée.

Notes

[1] c'est pas vraiment une permission, c'est un repos de fin de semaine, la différence étant qu'une permission ne peut être supprimée que par la direction de la gendarmerie, alors qu'un repos peut être supprimé par le commandant de brigade ou d'école (si j'ai bien compris la subtilité)