Le blog de vetetix

F&BG, comme toujours

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Je me suis toujours demandé comment fonctionnaient les numéros d’urgence, qui sont le 15, le 17, le 18 et le 112 pour les plus important dans l’hexagone. J’ai remarqué, à force de répondre au téléphone, et en parlant à mes collègues, que le fonctionnement du numéro qui me concerne, le 17, est plutôt méconnu. Comme tout ce qui est mal compris est en général mal utilisé, voyons cela de plus près.

Vous pouvez lire la page Wikipedia concernant le 17 pour connaître certains détails, mais comme tout ne me satisfait pas je vais y aller de ma petite explication.

Chaque brigade de gendarmerie possède un numéro d’appel à dix chiffre, comme tout le monde. Celui-ci se trouve dans l’annuaire, comme ceci :

Brigade de Gendarmerie de Falaise (14)

Vous pouvez joindre votre gendarmerie en trouvant son numéro dans l’annuaire, ou sur le site de votre mairie s’il est bien réalisé. Lorsque vous faites le 17 depuis votre téléphone fixe, le central de France Télécom traduit le numéro automatiquement pour vous rediriger vers la brigade dont vous dépendez. Ainsi, de jour comme de nuit, depuis votre téléphone fixe, faire le 17 ou le numéro à dix chiffres revient au même.

Depuis un téléphone portable, il est bien plus complexe de savoir exactement où se trouve la personne qui appelle, surtout si elle est entre deux circonscriptions, ou à la limite d’une zone Police. Si vous appelez le 17 depuis un portable, vous ne tomberez jamais directement sur la brigade du coin, mais sur le central  départemental de la gendarmerie (appelé CORG, situé à Grenoble pour l’Isère).

La nuit (de 19h à 8h), chaque brigade peut dévier l’ensemble des appels vers le CORG, histoire d’être un peu tranquille la nuit. À partir de ce moment là, que vous appeliez depuis un fixe ou un portable, vers le 17 ou le numéro direct, vous serez mis en relation avec le centre départemental. Un gendarme reste toutefois présent dans chaque brigade la nuit (dans son appartement, ou à la brigade même :-( ), pour diverses raisons, entre autres pour pouvoir être appelé par le CORG, ou recevoir les appels que le CORG lui transmet.

L’interphone qui se trouve au portillon des brigades subit le même sort. En journée il sonne dans la brigade, et la nuit il est dévié vers le CORG.

C’est simple, non ? Compliquons un peu les choses en précisant que les brigades peuvent dévier leurs appels vers d’autres brigades lorsque, pour des raisons de service, aucun gendarme n’y est présent. La musique d’accueil de la ligne doit théoriquement vous indiquer le nom de la brigade qui vous répond : « Brigade de gendarmerie de Mouscron le Bas, veuillez patienter, nous allons prendre votre appel » (ou quelque chose dans le genre).

En zone police, je pense que tous les appels du 17 sont systématiquement gérés par leur central, mais ce ne sont que des suppositions. Je vais me renseigner un peu (ainsi que sur le fonctionnement des autres numéros d’urgence), et je complèterai mon billet.

Après la diffusion du reportage diffusé mardi soir à propos de la gendarmerie, je suis resté avec un arrière-goût amer. J’en ai d’ailleurs discuté avec plusieurs collègues, qui m’ont tous dit qu’ils en gardaient un sentiment mitigé.

Certes, on y a vu de beaux uniformes de gardes républicains, ainsi que des témoignages de gendarmes qui ont aidé les pompiers à compter les morts durant les inondations de cette année, et on a eu – immanquablement – droit à un reportage sur le GIGN, unité qui fait rêver beaucoup de monde, mais c’est à peu près tout.

La soirée entière était superficielle et destinée au divertissement du peuple. Les reportages étaient pour la plupart dénués de fond, comme par exemple celui montrant Corinne Touzet montant à cheval dans Paris, au côté de deux vrais gendarmes (et suivie d’une moto pour les protéger des voitures). De qui se moque-t-on, qui a décidé que cette émission contiendrait cette séquence digne de "30 millions d’amis" ?

De qui se moque-t-on, encore, lorsque seules trente secondes sont accordées à une séquence rendant hommage aux gendarmes morts en service, alors que quelques minutes plus tôt, la troupe de "Mozart l’opéra rock" a dansé et chanté pendant trois à quatre longues minutes ? Corine Touzet participait au moins à une séquence en rapport avec la gendarmerie, alors que la troupe en question semblait n’être là que pour son auto-promotion…

Bref, tout ça pour dire que je suis déçu. J’aurais aimé voir une émission parlant de "ma" gendarmerie. Certes, la gendarmerie est une, et tous les gendarmes ont une mission commune, mais quelque part je ne me reconnais pas personnellement dans le prestige de la cavalerie de la Garde Républicaine ou dans les actes héroïques du GIGN. Le travail des gendarmes de brigade n’est que rarement constitué de prestige et d’héroïsme, mais il n’en est pas forcément moins admirable ou difficile. Je ne dirai pas qu’il est facile d’être beau sur un cheval quand on passe ses journées à s’entraîner, mais ce sont les paillettes qui cachent la réalité. Le terrain, c’est des gendarmes pas toujours préparés à toutes les situations, manquant parfois d’entraînement ou de formation, à qui on demande d’être disponible, polyvalent et efficace, souvent avec des moyens limités.

C’est cela que je trouve beau en gendarmerie. C’est cette implication personnelle dans le métier, que l’on ne trouve que dans peu de professions. C’est le fait de devoir faire face à des situations imprévues, inédites, difficiles, parfois au milieu de la nuit avec un manque flagrant de sommeil. C’est le fait de se relever à 8h, après deux ou trois heures de sommeil, pour terminer cette garde à vue commencée à 4h du matin, parce que 24h c’est parfois court pour mener à bien tous les interrogatoires. Je suis conscient que mon statut de gendarme adjoint me protège encore partiellement de tout cela, mais je vois la charge de travail que supportent mes camarades officier de police judiciaire, et j’aspire à les rejoindre dès que possible.

Sans parler des horaires parfois exigeants, le métier en lui-même n’est pas enviable tous les jours. On ne côtoie quasiment que des gens ayant des problèmes, qu’elles soient victimes, auteurs, crapules, cas sociaux se faisant des crasses entre voisins depuis des mois, etc. On a vite tendance à généraliser et à croire que tout le monde est potentiellement un "client", ou que les gens "normaux" n’existent pas. En entrant en gendarmerie, je suis passé d’un état d’insouciance à un monde qui ne me montre que ses côtés les moins agréables.

En parlant d’expérience désagréable, je peux vous assurer qu’il n’y a rien de jouissif à dresser un PV qui va coûter 90€ à une personne qui visiblement a des problèmes financiers, qui est au chômage et a des enfants à nourrir. Mais bien qu’humain et sensible à la misère qui touchent les autres, le gendarme doit parfois composer avec son désir de participer à l’élaboration d’un monde plus juste et plus sûr, et l’absence de règles ne le permet pas. C’est un dilemme qui m’anime à chaque fois que je colle une amende à quelqu’un. On aimerait ne verbaliser que les "gros riches qui roulent en 4×4 avec un cigare" qui n’ont pas de problème pour payer. Malheureusement, non seulement ça ne serait pas efficace, mais surtout ça ne serait pas réaliste, les conducteurs les plus dangereux étant plutôt les jeunes de 20 ans, qui aiment la vitesse, et ont une vieille voiture sans contrôle technique et munie de pneus lisses. Contrairement à ce que disent les gens de mauvaise foi sur le bord de la route, notre rôle n’est pas de remplir les caisses de l’Etat, mais de dissuader les gens de commettre des infractions.

C’est cette facette là de l’institution que l’émission aurait dû, à mes yeux, montrer au grand public. Tout simplement parce que c’est par là que devront passer la majorité des nouveaux gendarmes. C’est bien beau de s’engager pour être membre du GIGN ou enquêteur en Section de Recherche (à la CSI/NCIS) mais la brigade territoriale (ou l’escadron mobile) est le passage obligatoire pour presque tous les gendarmes sortant d’école. C’est moins glamour, ça ressemble moins à un film d’action hollywoodien, mais c’est tout aussi admirable et ça demande autant d’engagement et de compétences pour être bien réalisé.

Je crains le pire

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France 2 diffuse mardi 4 mai au soir une émission sur la Gendarmerie, et au vu de la liste des invités, je crains le pire :

EmissionFR2Gend

La troupe de Mozart, l’opéra Rock nous aidera probablement à démêler le vrai du faux dans l’affaire Mathely…

FIC-2010

Le FIC 2010 aura lieu, les 31 mars et 1er avril, au Grand Palais de LILLE et réunira plus de 1500 participants. Une occasion unique de débattre avec les meilleurs experts nationaux et internationaux, pour mieux appréhender les défis de la cybercriminalité.

J’avais beaucoup apprécié l’édition précédente de ce forum organisé par la Gendarmerie, donc je conseille à ceux qui en ont l’occasion de se rendre à l’édition 2010.

Plus d’informations ici ou (inscription gratuite mais obligatoire).

Ça y est, c’est parti… Ça ne fait pas quatre jours que je suis sur le terrain que je me tape déjà une nuit « pourrie ».

Samedi, tout commence bien, je me lève à 7h pour commencer le service à 8h. Jusqu’à midi on fait de la surveillance générale et un peu de police de la route. Je mets mon premier PV à une demoiselle toute sympathique qui n’a pas son attestation d’assurance :-( … C’est nul, je ne suis pas là pour verbaliser les gens sympa qui ont juste oublié leurs papiers, mais les gros abrutis dangereux antipathiques et de mauvaise foi. Ça viendra bien un jour. Après une bonne pause déjeuner, je continue à peu près le même boulot jusqu’à 19h. Heureusement, il ne se passe pas grand chose. C’est après que ça devient intéressant.

De 23h à 3h du matin, on m’a prévu un service de surveillance de nuit. Tout se passe bien jusqu’à 2h du matin, heure à laquelle on nous appelle sur un incendie dans un petit village dans la montagne. On y va à trois gendarmes, avec une quarantaine de pompiers de plusieurs villes de la vallée. On arrive sur place à 2h15, on repartira à 9h45, une fois que les pompiers se seront battus pendant plus de 6 heures pour circonscrire le feu et sauver les maisons environnantes, et que la zone aura été sécurisée par un arrêté municipal et une série de barrières.

L’incendie a fait deux victimes : deux hamsters noyés dans leur cage par l’eau des pompiers :-( Ceux-ci ont par contre sauvé un chaton, les trois petites filles qui ont perdu leur maison et leurs hamsters s’en réjouiront \o/. J’ai été vraiment impressionné par le travail des pompiers, ils se sont battus contre le feu sans interruption et sans montrer de signes de fatigue.

Entre-temps, il y a eu une rixe dans notre circonscription, qui a été gérée par le peloton d’intervention de la circonscription voisine, puis une rixe chez eux, qui a été gérée par leur brigade à la place du peloton d’intervention, puis un accident près de notre brigade, qui a été géré par deux de nos gendarmes qui dormaient paisiblement jusque-là…

Par contre, ce qui est cool, c’est que mon chef m’a supprimé mon service du dimanche après-midi pour me permettre de récupérer. Je viens de prendre mon petit-déjeuner à 18h30, et je vais descendre à la brigade pour connaître mon service de demain. La gendarmerie est peut-être un métier difficile et exigeant, mais uniquement lorsque c’est nécessaire :-)

Direction l’Isère

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Ça y est, l’école est terminée, et je suis arrivé à ma brigade d’affectation, en Isère. Je me rends compte que je n’ai pas écrit beaucoup de billets durant l’école et que je n’ai en conséquence pas partagé mes expériences comme je le souhaitais initialement, mais il n’est jamais trop tard pour se rattraper.

La formation de treize semaines à l’école de gendarmerie de Chaumont s’est terminée par une petite cérémonie de remise du képi aux élèves ayant validé leur Certificat de Qualification Technique. J’ai eu la chance inouïe de terminer major de stage, à moins d’un dixième de point du deuxième, donc j’ai eu droit à différents honneurs.

J’ai défilé en tête de la compagnie durant la cérémonie, je me suis fait remettre mon képi par un général, j’ai récité le serment devant tout le monde au tribunal, j’ai dû écrire un petit discours à faire devant toute la compagnie, les parents et les cadres de l’école juste après la cérémonie… Ah, et j’ai gagné un weekend avec la Maison de la Gendarmerie, trop la classe \o/.

Bon, maintenant c’est terminé. J’ai passé quelques jours au Luxembourg avec ma copine, puis on est parti vers nos affectations, elle à Belley dans l’Ain et moi à Villard-Bonnot, à côté de Grenoble dans l’Isère, à une heure de voiture. Vivement les prochains jours que je puisse découvrir le véritable métier de gendarme.

Après trois mois de formation, ma vision de la Gendarmerie a changé. On m’a confirmé mes « craintes » quant à la difficulté du métier, mais on m’a aussi ajouté de nouvelles craintes relatives à des situations difficiles qu’un civil peut se permettre d’éviter, pas un gendarme. On a eu droit à quelques présentations assez difficiles sur la sécurité routière, avec de belles photos qu’on ne verra jamais à la télé dans les spots de sensibilisation aux risques de l’alcool ou de la vitesse, et à une présentation vidéo d’une autopsie.

Un motard coupé en deux avec quelques mètres d’intestins entre les deux morceaux, ou un cerveau tombé sous le levier de vitesse, ça ne donne pas envie de manger le steak-frites de la cantine juste après… Voir un homme se faire disséquer, se faire retirer les organes l’un après l’autre, puis se les faire découper en tranches de 2 cm d’épaisseur, ça n’aide pas non plus…

Enfin bon, peu importe, ce sont des choses qu’on verra, mais pas trop souvent (j’espère). Ce que j’attends, c’est tout ce qu’on aura régulièrement, c’est à dire les gens peu commodes (il parait qu’il y en a qui n’aiment pas se faire verbaliser…), les nuits blanches à devoir gérer trois accidents routiers à la suite, etc. On nous a prévenu que le métier n’est pas et ne sera jamais facile, j’attends de voir. Cent mille gendarmes l’exercent quotidiennement, je devrais y arriver moi aussi.

Aïe aïe aïe, après avoir passé deux jours de permission tranquille à la maison, et une superbe soirée à Chaumont le dimanche soir, je rentre à la caserne complètement à l’arrache à 23h49, soit une minute avant l’heure limite. D’ailleurs l’adjudant de compagnie fait le guet à l’entrée de la caserne, avec une tête de tueur (comme d’habitude, mais en pire).

Après une courte nuit d’à peine plus de cinq heures (forcément, en rentrant à minuit et avec un réveil prévu à 5h30, je ne risquais pas de trop dormir…), la journée s’annonce dure. Dès le matin, on a droit à des remontrances de la part des cadres. « Le ménage, bla bla bla, la discipline, bla bla bla, si vous n’avez pas envie de vous plier aux règles, rien ne vous empêche de partir, bla bla bla… » Malheureusement, ils ont raison.

La journée commence tranquillement, avec quatre heures de « sport »[1] pour mon peloton, puis à midi, la situation se dégrade, on se reprend des remontrances liées aux mêmes évènements que le matin, on apprend qu’on n’aura que peu de temps pour manger le soir, et que la journée de mardi sera chargée. Réveil prévu à 5h15, petit-déjeuner à 6h15 (il faut faire le ménage de tout le bâtiment entre-temps, et se rassembler à 6h10 au plus tard, etc.), puis cours à 6h45 (non, je ne me suis pas trompé dans l’heure :D ), ce qui est tout bonnement impossible (il faut au moins 15 minutes pour que toute la compagnie passe l’entrée du mess, puis dix minutes pour manger, puis cinq à dix minutes pour revenir à l’hébergement chercher les affaires de cours, se préparer et sortir se mettre en rang, puis cinq minutes pour aller en cours. Ça fait au moins 40 minutes à faire tenir dans 30, sachant que j’ai limité les délais au minimum possible). À midi, le programme est le même, il est encore prévu de n’avoir que 30 minutes pour manger et aller en cours.

Mais avant de penser au lendemain, terminons ce beau lundi qui a si bien commencé. Le soir, changement d’horaires au dernier moment, les cadres décident de ne nous laisser que 30 minutes pour manger puis aller en étude (au lieu d’une heure à une heure et demie en général). Vous noterez que les délais sont ici les mêmes que pour le repas de midi, donc on a à peine le temps de manger… On s’exécute tout de même, en grommelant un peu, puisqu’on n’a pas le choix. Après 15 minutes d’étude, on se fait rassembler dehors, pour partir pour une marche surprise, de nuit… Tout ce déplacement entre le mess, la salle d’étude et l’hébergement pour rien… Uniquement du temps perdu.

Tout ceci est malgré tout une bonne nouvelle, parce que c’est la marche dite « du passant » que l’on réalise dans la soirée. C’est une marche de longueur moyenne (entre dix et quinze kilomètres) d’un peu plus de deux heures dans notre cas, qui nous permet d’obtenir le petit passant de couleur à mettre sur les épaulettes pour officialiser notre appartenance à la compagnie. Quelques bobos plus tard, après quelques efforts, on nous remets nos passants gris (la couleur de la cinquième compagnie), et on va se coucher avec extinction des feux à minuit.

À minuit et quart, réveil et rassemblement de la compagnie à l’extérieur, parce qu’un cadre est passé dans les couloirs et que des gens parlaient dans certaines chambres… On se couchera finalement à minuit et demi (avec si vous vous rappelez bien, réveil prévu à 5h15, je vous laisse faire le calcul de la durée maximale de sommeil à laquelle on a droit…).

Le lendemain matin, tout se déroule comme prévu. On est fatigué, stressé, à l’arrache, pressé, etc. On réussit quand même à respecter à peu près les horaires (une grande victoire). À huit heures commence pour mon peloton le premier cours d’évolution tactique avec arme, donc on passe quatre heures à longer des murs avec un pistolet à bout de bras, à contourner des coins de murs, à devoir gérer des portes ou des fenêtres, à pénétrer dans des pièces en coordination avec un coéquipier, en criant « GENDARMERIE NATIONALE ! LÂCHEZ VOTRE ARME ! », à devoir être attentif aux mouvements d’éventuels adversaires et à ceux de son coéquipier… Bref, que du bonheur, surtout quand on a dormi moins de dix heures en deux nuits, qu’on est complètement mort de fatigue (j’avais du mal à suivre les explications des instructeurs), qu’on ne tient plus sur ses jambes, qu’on est en grosse hypoglycémie et qu’on a des sueurs froides…

Que du bonheur, mais le repas de midi finit par arriver et il remet tout dans l’ordre. La fatigue se fait oublier, l’hypoglycémie s’envole (forcément, en mangeant…), et la bonne humeur revient. À 14h, on attaque un grand moment : le premier tir au pistolet automatique avec de vraies munitions (je ferai un billet à propos des armes un jour ou l’autre). Ce n’est pas si difficile que ça, mais ça fait bien plus de bruit que je ne l’imaginais. Je fais un score honnête, en perdant des points en ratant une fois l’adversaire (imaginons qu’il y a une petite fille derrière le malfrat, et que c’est elle qui s’est pris la balle :-s). Sur 20 balles, 18 dans la zone idéale, une dans la jambe et une petite fille tuée, c’est un bon score pour un débutant. Dans la foulée, on passe les évaluations pour montrer qu’on sait manipuler une arme en toute sécurité. Je valide ça vite fait bien fait, donc la prochaine fois que patrouillerai autour de l’école, ça se fera avec un pistolet chargé au ceinturon, et avec un gilet par balle… Quelque part, je crois que je préférais quand même le petit bâton ridicule qu’on avait jusqu’à présent… Si je me fais attaquer, je préfère prendre des coups de bâton qu’une balle…

Bon, allez, c’est pas tout d’écrire des billets pour le blog, mais il faut dormir. Pour une fois qu’on a une nuit qui va ressembler à quelque chose, profitons-en.

Notes

[1] Maitrise Sans Arme de l’Adversaire, un espèce de self défense faite dans le but de bloquer son adversaire avec des clés de bras

Comme je l’ai dit dans un précédent billet, je suis enfin en permission. Cela fait quinze jours que je n’ai pas pris note de mes sentiments sur mes nouvelles expériences, donc je vais profiter de ce billet pour faire un bilan de ces trois premières semaines en essayant de donner les détails intéressants.

Les premiers jours sont un peu difficiles, principalement à cause de toutes les nouveautés, de toutes les règles à apprendre, à cause de la discipline militaire à prendre en compte, du rythme de vie totalement différent de celui qu’on a quand on est un civil en vacances, etc. Au départ, on est vraiment perdu. On sait bien qu’il n’est pas acceptable de saluer les instructeurs avec un simple « Bonjour monsieur », mais on ne sait pas quoi dire à la place. De plus, on n’est pas encore militaire, puisqu’on n’a pas encore signé le contrat d’engagement, et à cela s’ajoute qu’on est toujours habillé en civil, en attendant qu’ils nous fournissent le paquetage. On ne sait pas quoi dire, on ne sait pas quoi faire, on ne sait pas comment se placer, ni comment réagir aux ordres qu’on nous donne, on est donc complètement perdus. Heureusement qu’il y a quelques élèves qui arrivent d’autres écoles (ceux qui se sont blessés en formation et qui viennent terminer leurs stages avec nous), ils sont pour nous une source précieuse d’informations.

Le rythme et les règles de la caserne sont déstabilisants. Le fait de se coucher à 22h30 pour se lever à 5h30 me change radicalement du rythme de sommeil 8h-18h que j’adopte régulièrement quand je suis en vacances. Les horaires sont à respecter scrupuleusement, que ce soit ceux de coucher ou lever, mais aussi ceux de rassemblement. Il n’est pas vraiment bon d’arriver en retard à un rassemblement (surtout quand tout le monde est logé à la même enseigne, et qu’il n’y a donc aucune raison d’être plus en retard que les autres).

Pour ce qui est des horaires classiques de la caserne, c’est 22h30-5h30 pour le sommeil (ça varie à une demi-heure près selon les jours, on a eu deux nuits de 8 heures en trois semaines, la plupart durant plutôt 6h30 ou moins). Au réveil, on doit se préparer et faire ses TIG (Travaux d’Intérêt Général, c’est-à-dire « ménage »), puis vient un rassemblement vers 6h20 pour aller prendre le petit-déjeuner au mess aux alentours de 6h30 (ces horaires, comme ceux du déjeuner, peuvent varier à un quart d’heure près en fonction du planning du mess et des autres compagnies présentes dans l’école). Le premier rassemblement important de la journée se tient à 7h30 (comptage des effectifs, rapport des élèves de jour pelotons à l’élève de jour compagnie, puis de celui-ci au commandant de compagnie), on y reçoit un certain nombre d’instructions pour la journée, puis on va en cours à 8h. Deux fois deux heures de cours plus tard (salles de cours, amphis, ou salle de sport ou d’entrainement pratique, ça dépend des jours), on mange entre midi moins le quart et midi et quart. Nouveau rassemblement à 13h30, et cours à 14h, jusqu’au diner à 18h (plus ou moins 15 minutes). Ensuite, études ou cours jusqu’à 21h30, puis dodo entre 22h et 22h30.

Les journées sont plutôt chargées, mais on prend vite le rythme. De la même manière, on se fait assez rapidement aux règles et à la discipline. Celle-ci n’est pas trop stricte au début (les instructeurs savent que le choc est brutal), mais elle s’intensifie au bout de deux ou trois jours, histoire de montrer à ceux qui sont venus en touristes qu’ils sont désormais dans une école militaire et que les règles qui y ont cours ne sont pas les mêmes qu’au lycée ou à la fac. La discipline et l’exigence s’est un peu affaiblie depuis quelques jours. D’une part, la compagnie fait mieux les choses et commence à respecter les règles de base, d’autre part, les instructeurs n’ont pas que ça à faire, ils ont aussi une famille dont ils doivent s’occuper (quand ils viennent nous réveiller à minuit parce que quelqu’un a fait une bêtise, c’est autant de temps qu’ils passent éloignés de leurs femmes ou enfants), je les comprends. Par contre, je pensais que l’exigence croitrait avec le temps, et ce qui était acceptable un jour serait puni le lendemain ou la semaine suivante. Mais non, les exigences initiales nous on permis d’atteindre un palier de rigueur et de discipline certes largement supérieure à ce dont on pouvait faire preuve les premiers jours, mais qui me semblent encore bien médiocres par rapport à ce que je m’imaginais concernant une école militaire.

Le problème principal auquel on doit faire face, c’est le niveau de maturité d’une partie des élèves. La moyenne d’age de notre stage est de vingt ans et demi, ce qui est plutôt faible. Cela veut dire qu’il y a plus de la moitié des effectifs qui ont à peu près 18 ans, et qui viennent de quitter le lycée, papa-maman, et qui découvrent la vie réelle. C’est leur premier contact avec l’indépendance, avec la responsabilité, avec les règles et la discipline, et ça s’en ressent dans le comportement général de la compagnie. Beaucoup d’entre eux ont tendance à penser que les règles sont là pour être respectées quand les cadres sont là, mais qu’on peut les oublier quand on est entre nous… Ce qu’ils ne prennent pas en compte, c’est que dans l’école, les murs ont des oreilles, les fenêtres ont des yeux, tout s’entend et tout se voit, et tout fait anormal parvient très rapidement à la connaissance de nos cadres.

Allez, ce billet est assez long pour le moment, j’ai encore énormément de choses à dire mais je les garde pour de futurs billets. Cette fois-ci je vais emporter mon ordi portable à l’école, je pourrai me connecter à internet au bar du mess (on n’a les identifiants pour se connecter que depuis quelques jours) ou via un réseau FreeWifi du voisinage (le signal est trop faible pour être exploité avec mon N810, mais j’espère qu’avec la carte wifi de mon laptop ça devrait passer).

[Jour 5] Arghhhh…..

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Jours trois et quatre, pas le temps d’écrire quoi que ce soit. Pas le temps de faire quoi que ce soit tout court d’ailleurs. J’ai apporté un magazine[1] et un bouquin[2], je n’ai pas eu le temps de les ouvrir de la semaine…

« Le club Med, c’est fini » a dit l’un des instructeurs, « posez les valises ! ». En effet, maintenant que quasiment tout le monde est passé à la visite médicale, et est déclaré « apte », les pompes et les gainages[3] ont commencé. On en fait plusieurs séries à chaque fois que quelqu’un regarde ses chaussures pendant un garde-à-vous, tourne la tête ou parle pendant les déplacements en ordre serré.

Le premier jour, on a méchamment dégusté, en grande partie à cause des pipelettes du fond de colonnes (celles qui sont toutes petites, qui croient qu’en roulant des paupières elles vont échapper aux punitions, et qui sont incapables de rester dix minutes sans raconter leurs histoires de manucures), ainsi qu’à cause de ceux qui râlent en pensant aux comportements irresponsables des premières (hé ouais, on ne râle pas au garde-à-vous :-(

Maintenant, deux jours plus tard, on s’est bien calmé (les douleurs dans les bras aident à se souvenir des règles), mais les instructeurs trouvent toujours d’autres raisons d’appliquer une punition. Ils pompent avec nous, malgré leurs 40 ans passés, ça force le respect.

C’est pour la discipline, la rigueur et les souffrances que j’ai signé, je suis servi et j’en suis vraiment content.

Allez hop, il est 22h30, réveil à 5h30 demain pour la première marche de la formation (en forêt et dans la boue, si j’ai bien compris), donc dodo, ne gâchons pas trop les heures de sommeil.

Notes

[1] C’est le magazine sur les puces RFID récupéré au Forum International sur la Cybercriminalité à Lille

[2] Ninetine eighty four, de Orwell, en Anglais, que ma mère avait lu en 1970, donc avant 1984 (trop la classe)

[3] Les gainages, c’est comme des pompes, mais sur les avant-bras, sans bouger, ça explose les abdos

Le deuxième jour, on est toujours un peu au club Med’. Certains disent que c’est parce que tout le monde n’est pas encore passé à la visite médicale, donc les instructeurs n’ont pas le droit de nous faire faire de sport (ni de pompes punitives \o/). Ils s’énervent tout de même régulièrement, devant le manque d’efficacité de la compagnie, ou l’absence totale de dynamisme de certains.

Par contre, YEAH \o/, paquetage ! On rentre dans un long bâtiment dédié à la distribution du paquetage de dotation, on fait la queue pendant plusieurs heures, on essaye tout pleins de vêtements kaki, camouflage ou "bleu gendarmerie", etc. On rentre en slip, et on sort habillé avec un sac de rempli de dix ou quinze kilos de pantalons, vestes, chaussures… et bien sûr le fameux treillis et ses rangers associées :-)

Je ferai un jour ou l’autre une liste des effets de dotation, pour tous les futurs gendarmes qui voudraient ces informations et qui tomberaient sur mon blog. En attendant, direction la chambre pour se changer, apprendre à lasser ses rangers (oui, il y a une méthode toute bizarre pour le faire), et reprendre l’instruction de base (parce que la marche au pas, et les manœuvre en rang, ça ne s’apprend pas en deux jours, surtout quand celui qui commande un autre élève qui refait une partie de sa formation maîtrise aussi peu le commandement que nous l’exécution des ordres).

L’après-midi, toujours de la marche et des amphis de présentation (sécurité sociale militaire, signatures de nouvelles attestations — non, je n’ai tué personne entre le passage de mes épreuves et la signature de mon contrat, je le certifie avec ma signature :D ).

On finit avec une bonne nouvelle : retour au casernement à 21h, une heure pour nous (quel luxe ! Ça me permet d’écrire ce billet), extinction des feux à 22h, et réveil prévu à 6h (waaaa, 8h de sommeil, c’est vraiment les vacances ici :D ).

Allez, dodo ! Deux jours de passés, plus que quatre-vingt neuf(ou un truc dans le genre).